A le voir évoluer flanqué de sa seule gratte, tout paraît simple. Pourtant, il faut s’appeler Christophe Meyer pour faire danser sur les tables des adultes qui n’ont jamais connu les années punk, occuper les enfants mieux qu’une revêche maîtresse d’école enfantine et, surtout, attirer jusqu’à 500 personnes dans les lieux les plus reculés du Jura historique.
Il faut dire que ce gars est terriblement attachant. Mi-tendre, mi-gouailleur, l’ex-grand pourvoyeur de décibels du groupe Fou s’est recyclé en barde rural. Avec ses textes plus subtils qu’ils n’y paraît, ses jeux de mots qui jouent si bien avec le nom des communes jurassiennes, son apologie de ces valeurs essentielles que d’aucuns traitent de simples, il termine ces jours une tournée qu’on qualifiera tout bonnement de triomphale. Et de marathon. Avec 33 concerts!
«Certes, il faut savoir gérer les heures de sommeil et maintenir une certaine discipline», admet le galérien. L’homme en a vu d’autres. Avec Fou, n’avait-il pas assuré 150 dates en 10 mois? «Mais, glisse-t-il, nous avions un manager et les salles étaient équipées.» Aujourd’hui, le Meyer s’occupe de tout. Vente de disques comprise. Ici, pas de cachet fixe, mais une collecte en fin de prestation. «Bon, dit-il, maintenant, je travaille. J’ai un salaire qui tombe. La musique n’est plus qu’un hobby.»
L’affluence? Le bougre évoque des soirées à plus de 300 spectateurs, avec des pointes à 500. «Je ne m’attendais pas à pareille ferveur. Lors de ma tournée des bleds jurassiens en roulotte, il y a quelques années, nous étions 100 autour d’un feu de camp. Je m’imaginais un peu ça cet été.»
Et il y a les accros. L’autre soir, à Monible, le chanteur a reconnu une vingtaine de personnes déjà présentes à d’autres escales. «Le public? Il s’agit pour la plupart de gens du Jura bernois et du Jura. Mais ils bougent. J’ai vu des Ajoulots aux Prés-d’Orvin et des Jurassiens bernois à Bure.» Sûrement des souvenirs d’armée...
Au fait, comment a-t-il déniché ces lieux? Eh bien, un prof de la Fondation rurale interjurassienne lui a conseillé de mettre un article dans le journal des agriculteurs. Lumineuse idée! A tel point que Meyer a dû refuser 15 propositions!
En tout cas, le fait de ne plus être soutenu par un groupe ne lui manque pas. «C’est même plus facile. On joue moins fort et il y a paradoxalement moins de monde. Je joue véritablement avec les gens, je gère mieux. Oui, j’ai plus de proximité.» Surtout, il n’y a plus de sono surpuissante et de batterie parfois envahissante. «Avec 50 personnes sans sono, ça serait encore mieux», conclut-il.
Reste à expliquer cet extraordinaire tabac. «Moi-même je n’en reviens pas. Jadis, les agriculteurs recevaient dans leur cuisine. J’ai peut-être ressuscité une tradition. Aujourd’hui, les gens sortent moins et différemment. Ils apprécient dès lors de revenir à des choses simples et naturelles. Qui sait, peut-être suis-je une excuse. Un prétexte pour aller manger et retrouver des potes. D’ailleurs, certains poursuivent la fête bien après mon départ.»
Ce qui est sûr, c’est que la volonté de se confiner à la région jurassienne est bien réelle. Il est vrai qu’avec Fou, notre interlocuteur a eu la chance de parcourir les Pays de l’Est, l’Amérique du Sud: «Aujourd’hui, j’aime bien rentrer chez moi chaque soir, là où j’ai mes repères. Je sais, c’est contradictoire. A l’époque de Fou, je conseillais à tous les gangs régionaux d’acheter un bus pour aller jouer partout et évoluer. Maintenant, je fais exactement le contraire.»
A deux exceptions près! Une pour s’en aller jouer à Tokyo, l’autre pour se produire au Vatican, à l’invitation des gardes suisses. Alors, d’accord pour voyager. Mais à l’occasion des vacances. «J’ai eu la chance énorme d’avoir pu vivre beaucoup de choses. Maintenant, j’ai envie de rester ici, car je suis d'ici. Souvent, ma dernière semaine de vacances, je la passe à Chasseral.»
Aujourd’hui privé de décibels, l’enfant de Saint-Imier en profite pour mettre ses textes plus en avant et mieux poser sa voix. Dites, Christophe! le punk, c’est plutôt le bitume, la ville, la zone. Et maintenant, Meyer chante la campagne. Aurait-il trouvé ses vraies valeurs?
«Pour moi, être punk c’est faire exactement ce que je fais lors de cette tournée! C’est travailler avec des bouts de ficelle, être indépendant et autonome. Tout le contraire de Fou, où il fallait toujours une salle de spectacles et une prise électrique. Alors qu’on peut faire de la musique partout.» A part ça, la campagne le calme. «Autant j’aime m’amuser sur scène, autant j’apprécie d’être tranquille à la maison. Ma crise de la quarantaine, je l’ai faite entre 20 et 40 ans.»
Des projets? Certes, mais pas musicaux. Son amie a repris le magasin de ses parents, les Meubles Rais à Develier. Si bien que notre homme s’y investit pleinement. Son côté créatif, il l’utilise pour aménager l’intérieur des clients. Et il adore.
Enfin, il tient à remercier tous ceux qui l’ont accueilli. «La plupart du temps, ce ne sont pas des pros. Et recevoir 300 à 400 personnes, vous imaginez le boulot.» On imagine. Et on se dit que, mine de rien, ce gars vient de réussir une forme de réunification. Sans même toucher aux frontières! /PABR
Un sacré fromager-éleveur, l’homme qui a vu l’lynx...
C’est un peu la bêle et la bête! Avec un impressionnant cheptel composé de 120 chèvres laitières, 80 brebis laitières, 15 chèvres de race à viande, 50 brebis de race à viande, 100-150 agneaux à l’engrais, 25 agnelles d’élevage et 40 chevrettes d’élevage, la chèvrerie-fromagerie d’Anna et Ronald Sommer-von Weissenfluh, à Monible, inspire le respect.
Mardi soir, les nombreux pèlerins accourus ont pu découvrir ou redécouvrir cette PME familiale – les parents sont de la partie – ouverte sept jours sur sept et qui propose trois fromages de chèvre, deux de brebis, ainsi que cinq yoghourts de brebis.
Lors de la visite du Meyer, on a ainsi pu s’y sustenter avec une raclette à base de chèvre. «Ce fromage-là, on le trouve dans toutes les succursales de Manor sous le label Bio Nature plus», s’enorgueillit le maître de céans. Dame! ce bio jeune homme ravitaille de nombreuses tables prestigieuses et en tout cas plus de 100 points de vente dans ce pays.
Au fait, saviez-vous qu’en 2008, un lynx lui a dévoré un vieux bouc? Et comme notre éleveur-fromager est respectueux des carnassiers – on n’est pas en Valais, ici! –, il n’a pas enlevé la carcasse. Le lynx a donc pu se nourrir plusieurs jours de suite sans devoir tuer une autre bête. Utile précision, notre félin n’a pas prélevé d’autre animal appartenant à Ronald Sommer. Le gracieux animal préfère en effet les proies sauvages. «C’est marrant, rigole notre interlocuteur, j’ai justement aperçu un lynx ce matin (ndlr: mardi). Un beau spectacle.»
Qui a dit que Monible était un pays de loups? /pabr
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