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Plagne, un village au riche patrimoine

Dans le Jura bernois, on dénombre une foule de sites aux noms poétiques qui fleurent bon le terroir. A lui seul, le village de Plagne ne compte pas moins de 40 lieux-dits intra muros. Et bien davantage pour qui s’aventure un peu plus loin.

Plagne, un village au riche patrimoine
Philippe Oudot

Aux Grands Biâs, Champs dô Fo, Les Ecovots, Les Pouches, Milieu de la Fin, Les Peutes Montes… Dans le Bas- Vallon, Plagne se distingue par la richesse et la diversité de ses lieux-dits. Ecrivain et géographe à la retraite, Raymond Bruckert est un Plagnard qui les connaît bien pour les avoir étudiés et répertoriés. «Nous sommes ici dans une région frontière où l’on s’exprimait dans le dialecte franco-provençal. Au sud, on y parlait une langue germanique, et au nord, la langue d’oïl», indique notre interlocuteur. C’est sans doute cette proximité de langages qui explique la profusion et la diversité des lieux-dits, ces noms donnés autrefois par les habitants pour distinguer les différents endroits.

A Plagne même, dont le nom issu du latin populaire planea désignait au Moyen Age
un replat d’altitude, un lieu défriché, Raymond Bruckert a recensé quelque 40 toponymes désignant les différentes parcelles. Certains qualifient le caractère topographique, hydrographique ou karstique du lieu, d’autres font référence aux délimitations de sa surface, à la végétation ou encore à une activité humaine passée.

Venant de l’ancien français, le mot monte désigne une forte pente. Le lieu-dit Les Peutes Montes, à l’entrée du village en venant de Frinvillier, indique donc un terrain en mauvaise pente, explique notre interlocuteur. Plusieurs noms font référence à la délimitation ou à la forme des parcelles. Au-dessus de l’école on en trouve par exemple une, ainsi qu’un chemin, appelés Milieu de la Fin, le mot fin signifiant, en ancien français, frontière, limite. Plus haut, au nord-ouest du village se situe le lieu-dit Les Oeuches.

De racine celtique, ce mot désignait à l’origine un terrain fertile, souvent un jardin potager fermé de haies, situé à proximité du village et qui était destiné aux bourgeois jeunes mariés. Juste à côté des Oeuches se trouve le lieu-dit Aux grands Biâs, dont le nom vient de l’ancien français biau, qui signifie pâturage. Au sud de la commune, Raymond Bruckert a relevé un endroit appelé Esserts Henri, qui fait sans doute référence à des terrains défrichés (du vieux français essart), par un prénommé Henri.

A proximité se trouve une parcelle au nom bien particulier: Planches Cochons. Contrairement aux apparences, celui-ci n’a rien à voir avec un endroit lié à l’élevage de porcs. Issu du latin planca, planche qualifie une surface de terrain, alors que cochon est le diminutif de conchon, du latin concava et désigne une combe, un petit vallon. D’autres appellations se rapportent à une construction, ou une activité artisanale.

A l’est du village, le site Champs de la Dreize vient du patois savoyard, draize ou daraise, ce qui signifie portail ou clédar. Quant aux Champs du Châble situé un peu plus au nord de cette parcelle, le mot châble vient de tsâblio qui, en patois, qualifie un couloir où l’on faisait dévaler les billes de bois. «Un autre endroit intéressant est le lieu-dit Les Ferrières, à l’entrée du village à gauche de la route en venant de Frinvillier, poursuit Raymond Bruckert. Ce nom vient en effet du latin ferraria, mine de fer, et fait référence à l’exploitation du fer qu’il y avait ici autrefois.»

Toujours en lien avec les activités humaines, notre Plagnard relève une anecdote intéressante. «Un des lieux-dits du village porte le nom de Champs Lévriers, qui se trouve à la hauteur de Les Ferrières, mais un peu en contrebas, du côté droit de la route. En fait, cela n’a rien à voir avec la race de chien lévrier! Il s’agit très vraisemblablement d’une erreur de transcription faite par un géomètre au 19e siècle à partir du nom Champs de l’Oeuvrie, le mot oeuvrie signifiant en patois jurassien ouvrier, sidérurgiste, ce qui prouve une fois encore l’existence passée d’activités sidérurgiques à cet endroit!»

Un autre site fait aussi référence à une activité artisanale passée: le Creux de Houpre. «Le mot houpre désigne une terre blanche particulière utilisée autrefois. Il semble qu’à l’époque, le Prince-Evêque qui régnait sur la région avait accordé une concession à des villageois afin d’exploiter cette terre et la vendre. Elle était en effet très recherchée par les artisans potiers, car elle a la particularité de donner du brillant aux poteries», explique ce passionné d’histoire. /PHO


Ancienne décharge, le Creux Seupi a été assaini

Si le village regorge de lieux-dits, ils sont aussi nombreux aux alentours. Par exemple le lapié de Plagne (nom qui vient du latin lapis et signifie pierre), situé à quelques centaines de mètres du village. Un endroit constitué de roches calcaires plates ravinées par le ruissellement de l’eau de pluie chargée de CO² et qui a agressé et creusé la pierre en lui donnant un aspect très particulier. La roche présente en effet de nombreuses fissures et crevasses qui lui donnent un aspect déchiqueté. «C’est un phénomène karstique typique qu’on retrouve en différents endroits dans la région», souligne Raymond Bruckert. Il précise que le lieu est très apprécié des Plagnards, qui s’y retrouvent volontiers en famille. Et c’est bien sûr un terrain de jeu idéal pour les gosses.

Depuis le village, on y accède en montant la route Haut-du-Village, puis Les Envers – du latin inversus et signifie versant opposé au soleil – sur environ 500 mètres. Arrivé à la place des Oeuches où se trouve un court de tennis, on poursuit son chemin à droite sur 200 à 300 m, jusqu’à un nouveau croisement. Le lapié se trouve juste au-dessus, à une centaine de mètres à gauche, à l’entrée de la forêt. A environ 2 km de là se situe un autre endroit bien connu des Plagnards, appelé le Creux Seupi. «Il s’agit en fait d’un gouffre dont l’ouverture mesure une dizaine de mètres de long par environ cinq de large, et dont la profondeur est d’une quarantaine de mètres. Il s’est formé suite à l’effondrement d’un emposieu, qu’on appelle aussi une doline. Quand nous étions enfants, nous sommes tous descendus là au fond avec des cordes», confie Raymond Bruckert. Pendant de longues années, poursuit-il, le Creux Seupi a été utilisé comme dépotoir par la population. Considéré comme gravement pollué, le site a finalement été assaini en 2007 sur mandat du canton par des spécialistes de l’Institut suisse de spéléologie et de karstologie (ISSKA).

Ceux-ci ont extrait du trou plus de 200m³ de déchets en tout genre: des tonnes de ferraille – notamment une quinzaine de vieilles voitures et d’anciens tracteurs – des gravats, des déchets combustibles ainsi que de nombreuses carcasses d’animaux. Totalement nettoyé, l’accès au site est aujourd’hui protégé par une barrière de barbelés. /pho

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