Vous êtes ici

Le nucléaire est dépassé (10.3.10)

Le conseiller national écologiste vaudois Christian van Singer était hier soir l’hôte des Verts du Jura bernois. Devant une petite assemblée, il a fustigé l’énergie nucléaire et souligné l’énorme potentiel des énergies renouvelables.

Le nucléaire est dépassé (10.3.10)
Philippe Oudot

Dans le cadre de leur campagne pour les élections du 28 mars, les Verts du Jura bernois avaient invité hier soir le conseiller national écologiste Christian van Singer pour une conférence-débat. A l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, le nucléaire est-il une bonne solution? C’est tout sauf le cas, a-t-il assuré. C’est une énergie non seulement dépassée, mais aussi marginale, qui ne représente que 2% de la consommation énergétique mondiale. «Ce n’est donc pas une solution pour lutter contre le CO²», a-t-il martelé.

Contrairement à ce que prétend le lobby nucléaire, les nouvelles centrales EPR ne sont pas moins dangereuses, bien au contraire, a-t-il assuré. Quant aux déchets nucléaires, le problème est loin d’être résolu. Il a fustigé le Conseil fédéral qui affirme que la solution se trouve dans les roches à opalinus. «Si c’était le cas, pourquoi continue-t-on à mener des recherches sur ces roches dans le laboratoire du Mont-Terri?», a-t-il lancé.

En tout cas, les huit à dix milliards de francs que coûte une nouvelle centrale nucléaire seraient bien mieux investis dans les énergies renouvelables: de tels moyens permettraient de produire deux fois plus d’électricité qu’avec le nucléaire, et cela permettrait aussi de créer dix à quinze fois plus d’emplois.

A propos de la centrale de Mühleberg, Christian van Singer a constaté qu’au moment où les autorités suisses donnaient le feu vert à l’autorisation d’exploitation illimitée de la centrale, celles de l’Etat du Vermont, aux EtatsUnis, décidaient de fermer une centrale identique, mise en service la même année, l’installation n’étant plus jugée assez sûre.

A ses yeux, on pourrait facilement renoncer au nucléaire en améliorant l’efficacité énergétique, et notamment en remplaçant les chauffages des quelque 170 000 bâtiments chauffés à l’électricité. En hiver, ils consomment à eux seuls la production des trois centrales de Beznau I et II, et de Mühleberg, a-t-il affirmé.

Il a aussi pris l’exemple de la consommation énergétique d’un frigo. Aujourd’hui, les plus écologiques coûtent environ 200 fr. de plus que les moins chers. Mais sur une durée de vie de 15 ans, ils vont consommer environ 900 fr. de plus qu’un frigo écologique. D’où l’importance d’interdire ces appareils gaspilleurs. En ce qui concerne l’éclairage, il a rappelé à utiliser les lampes LED, particulièrement économiques.

Il a fustigé la puissance du lobby électrique suisse, qui préfère investir dans le nucléaire plutôt que dans les énergies renouvelables. Et de citer l’exemple de l’Espagne, dont les éoliennes produisent en moyenne 14% de l’électricité consommée dans ce pays.

L’orateur a aussi appelé à réduire la consommation globale d’énergie, rappelant que les énergies fossiles (gaz, pétrole, nucléaire) représentent 80% de l’énergie consommée en Suisse. Ce serait d’autant plus intéressant qu’on dépense 30 milliards de francs par an pour acheter ces énergies fossiles. Et de souligner qu’on pourrait très bien remplacer le chauffage et la production d’eau chaude, qui représente la moitié de l’énergie consommée en Suisse, par l’énergiebois.

Il a aussi insisté sur le potentiel énorme que représente la géothermie, l’énergie éolienne ou le solaire en Suisse. Et de déplorer le retard pris dans ce pays: il y a 20 ans, la Suisse était un pays pionnier, et aujourd’hui, elle est à la traîne. La faute aux électriciens qui ont fait le choix du nucléaire quand d’autres, en Allemagne ou en Autriche, ont pris d’autres options. /PHO

Articles correspondant: Région »