
André Mercerat rappelle que c’est bien la population qui, lors d’une votation en juin 2007, a souhaité des bases légales permettant la création de ces conférences. «Bon, on ne savait pas ce que contenait le paquet cadeau, ajoute le libéral-radical. Et aujourd’hui, il y a encore beaucoup de choses abstraites dans ce projet de Conférence régionale Jura bernois-BienneSeeland. Ce que l’on sait, c’est que la conférence disposera de compétences en matière d’aménagement du territoire notamment. Je crains pour les petites communes, qui ne pourront plus rien décider dans ce domaine. Elles n’auront plus le droit de dire dans quelle mesure elles souhaitent développer leur village. Bref, cela sera très négatif pour notre région.»
Tom Gerber mentionne, lui aussi, que l’idée des conférences régionales a été acceptée par le peuple sans trop savoir de quoi il en retournait. «Je soutiens la mise en place de cette Conférence Jura bernoisBienne-Seeland. Mais il faut absolument créer des organes qui soient compréhensibles pour les citoyens. Dans la mesure où le Jura bernois dispose du Conseil du Jura bernois, grâce au statut particulier, je pense qu’il faut mettre en place un modèle particulier de conférence régionale. Différent de celui des autres régions du canton.» Le membre du PEVJB a de la peine à s’imaginer que le Conseil du Jura bernois soit la voix légitime de la région et, qu’en parallèle, les maires se retrouvent au sein d’une conférence régionale. «De plus, les deux organes parleront des mêmes dossiers, craint Tom Gerber. On retrouvera certains mêmes visages au CJB et au sein de la conférence régionale. Peut-être faudrait-il modifier quelque chose dans le fonctionnement du CJB pour pouvoir intégrer les objectifs d’une conférence régionale?»
Suite aux propos de Tom Gerber, Manfred Bühler se dit globalement favorable à toute simplification au niveau de l’Etat. «Mais on ne peut pas faire n’importe quoi, ajoute l’agrarien. Contrairement à ce que pense Tom Gerber, le CJB et la conférence régionale ne traiteront pas des mêmes sujets. Evidemment, il faudra définir clairement les compétences de chacun. La question de l’aménagement du territoire ne doit pas être traitée par le CJB, puisqu’elle n’a pas de lien avec le statut particulier du Jura bernois. Le CJB doit se montrer modeste et ne pas vouloir prendre toutes les compétences pour lui.»
Stéphane Boillat souhaite que la région puisse obtenir davantage de compétences décisionnelles. «Et l’aménagement du territoire est bel et bien lié à notre identité. Donc la compétence relative à l’aménagement du territoire doit, si possible, revenir au Conseil du Jura bernois et non à la Conférence régionale. Si on veut un véritable + dans le statu quo, il faut avoir le courage d’aborder, au sein du CJB, des thèmes comme celui de l’aménagement du territoire ou comme celui de la santé.»
Jean-René Moeschler le répète: il faut renforcer les compétences du CJB et tout ce qui concerne les citoyens doit être pris en main par cet organe. «Notre statut particulier doit se développer selon nos besoins. Mais pour que le CJB fonctionne bien, il faut d’autres interlocuteurs», note-t-il. Comme des communes ou des groupements de communes.
Rappelons ici que la création effective de la Conférence régionale Jura bernois-BienneSeeland, selon un modèle actuellement discuté, sera soumise à une nouvelle votation populaire. /MBA
«Il faut cesser de mégoter»
Dans la salle, André Farine a estimé que le CJB n’est pas la coquille vide que décrivent les séparatistes et qu’il fallait cesser d’en revenir toujours à la Question jurassienne, car Bienne est un partenaire naturel. C’est vrai que l’avenir du Jura bernois est lié à Bienne, mais il est temps de sortir du débat sur la question d’appartenance et de passer à autre chose. Cette région a du potentiel et il faut l’exploiter, a relevé Tom Gerber.
Bienne est certes un pôle d’attraction, mais le Jura bernois a ses spécificités et doit faire entendre sa voix face à sa grande voisine, a dit André Mercerat. Jean-René Moeschler a quant à lui appelé les gens à cesser d’avoir peur les uns des autres et a souligné qu’un des grands mérites de l’AIJ, c’est d’avoir permis à cette région de s’ouvrir et d’empoigner ses problèmes sans avoir peur. Et si le Jura bernois est lié à Bienne, «on ne doit pas cacher notre identité jurassienne»!
Dans le public, Daniel Chaignat a rappelé que, consulté sur la péréquation financière, le CJB avait demandé que le Jura bernois soit considéré comme un centre éclaté. «Que ferez-vous si le canton n’en tient pas compte?» Pour Stéphane Boillat, cela illustre bien les limites des compétences du CJB. La seule façon d’intervenir est de mobiliser la population ou de lancer une initiative. A ce propos, Jean-René Moeschler a rappelé que le statut particulier donne à cette région un droit d’initiative régionale et qu’il faut 2000 signatures pour qu’elle aboutisse.
Dans la salle, Annelise Vaucher a estimé que le Jura bernois devrait commencer par apprendre à mieux se connaître et à mieux collaborer au lieu de se recroqueviller sur des réflexes régionalistes. C’est vrai, a admis Marcelle Forster, mais le problème, c’est que le Jura bernois n’a pas de centre. Il faut donc trouver d’autres moyens pour gagner en compétences. «Pourquoi le CJB ne reprendrait-il pas des tâches que pourraient lui transférer les communes?» Pour Jean-René Moeschler, il faut apprendre à mieux travailler en réseaux, et réfléchir aussi en termes de plus grandes entités. Par le biais de fusions de communes par exemple.
Dans la salle, Anne-Catherine Graber a fait remarquer que, de par la loi, les compétences du CJB restaient limitées. C’est bien la pierre d’achoppement, a rétorqué Stéphane Boillat mais le CJB pourrait exercer des compétences dans des domaines allant audelà de la culture. Si l’on veut que le Jura bernois soit plus fort, il doit gagner en pouvoir. Même si d’aucuns à Interlaken crient à l’inégalité de traitement. Et Jean-René Moeschler d’ajouter. «L’égalité de traitement serait illégale puisque la loi sur le statut particulier nous accorde une illégalité de traitement!»
Mais comment éviter que le CJB essuie des revers, a demandé François Gauchat. En travaillant avec sérieux, en faisant des propositions réalistes dans le cadre légal, a répondu Manfred Bühler. «Si on veut aller plus loin, il faut cesser de mégoter. On ne peut pas vouloir 30% compétences comme si on était 30% d’un canton. Aller plus loin signifie créer un canton et je n’y suis pas favorable.»
Dans l’assistance, Patrick Gsteiger a estimé que le CJB devait se montrer ambitieux et regarder vers l’avenir, quitte à se lancer sur des pistes inexploitées. Que ce soit dans le cadre de la future conférence régionale ou avec le canton du Jura. Et tant pis s’il doit se faire rappeler à l’ordre.
Dans le public, André Tellenbach s’est demandé si le CJB ne pourrait pas prendre des compétences en matière de constructions. Et de prendre l’exemple des éoliennes où il pourrait jouer un rôle de coordinateur. Ce serait une possibilité, a estimé Tom Gerber pour qui le JCB pourrait être un facilitateur, un lien entre le canton et les communes. Attention a toutefois relevé Marcelle Forster: les compétences du CJB lui sont déléguées par le Conseil exécutif. En l’occurrence, ce serait plutôt à la conférence des maires d’agir. /pho
- Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire
