Fort de 24 membres issus des trois districts, le CJB arrive au terme de sa première législature. Pas moins de 160 candidats briguent un des 24 sièges, dont 22 sortants. Afin de mieux faire la connaissance de cette institution, Le JdJ avait convié hier soir six de ses membres, qui ont fait part de leur expérience. A savoir Marcelle Forster (PSJB), André Mercerat (PLRJB), Manfred Bühler (UDCJB), Jean-René Moeschler (PSA), Stéphane Boillat (AJU) et Tom Gerber (PEV). Une cinquantaine de personnes ont pris part au débat, mené par Stéphane Devaux, rédacteur en chef du JdJ.
Quel bilan les participants tirent-ils de ces quatre premières années? Pour Manfred Bühler, le CJB est devenu la voix du Jura bernois, en particulier pour l’administration cantonale qui, quand un sujet concerne le Jura bernois, a pris le réflexe de consulter le CJB. Celui-ci a ainsi gagné en crédibilité.
S’il s’est engagé il y a quatre ans, c’était pour défendre la culture afin de permettre à cette région d’exister dans ce domaine, a dit Jean-René Moeschler. A ses yeux, le CJB a permis de défendre la culture au profit de la population et grâce à son action, la région touche plus d’argent qu’avant. «Le CJB a donc démontré son utilité dans ce domaine.»
Pour André Mercerat, le CJB a pris son rythme de croisière. Il est non seulement écouté mais il est aussi devenu un interlocuteur considéré et reconnu. Qui plus est, il est plus proche de la population, ce qui explique que les demandes de subventions ont augmenté. Un constat aussi dressé par Marcelle Forster, qui a insisté sur l’importance de ce lien de proximité en matière de distribution de subventions. Et de souligner qu’auparavant, la région touchait déjà certes des subventions, mais les demandes étaient traitées à Berne alors qu’elles le sont aujourd’hui dans la région. Et si les montants sont trop élevés pour être de sa compétence, le CJB donne un préavis qui est généralement suivi.
Pour Stéphane Boillat, le CJB a utilisé au mieux et au maximum les compétences qui lui sont dévolues. Il a cité l’exemple de la HE-Arc, dossier dans lequel le CJB a travaillé en partenariat étroit avec la DIP. Et de rappeler que le modèle qui sera effectif dès 2011 est largement inspiré des réflexions du CJB. Dans le domaine de la culture, le CJB a permis au Jura bernois de s’affranchir partiellement du principe de subsidiarité. Pour les autres domaines en revanche, il a constaté que c’est une affaire de bonne volonté «car si on est consulté et entendu à Berne, on n’a finalement pas d’autre pouvoir que de s’exprimer».
Jean-René Moeschler a aussi relevé que le statut particulier permet au CJB de tisser des liens avec l’extérieur – Bienne et le Jura. Grâce à ces échanges, «nous pouvons accueillir des manifestations culturelles importantes, qu’on ne pourrait pas se payer seuls». Il a rappelé que grâce à l’accord cadre qui vient d’être passé avec le Jura, le CJB est reconnu comme l’interlocuteur ad hoc. Cela dit, il a estimé qu’avec le CJB, «on a reçu une belle boîte de jeu avec laquelle on essaie de jouer au mieux, mais que ce cénacle manquait d’ambition et de courage politique».
Un avis pas du tout partagé par Manfred Bühler pour qui le CJB n’a pas forcément à prendre de résolutions politiques, car ce n’est pas un organe législatif. S’il veut gagner en crédibilité, il doit prendre des positions réfléchies et pas nécessairement hausser la voix.
De son côté, Tom Gerber a cité parmi les réalisations du CJB la mise en place la déléguée interjurassienne à la jeunesse, ainsi que l’AEMO, l’aide éducative en milieu ouvert, que le CJB a contribué à mettre en place. Certes, a relevé Marcelle Foster, mais le CJB n’a pas utilisé toutes les compétences qui étaient les siennes pour négocier avec le canton du Jura. /PHO
L’Assemblée interjurassienne, cette instance qui divise un brin les débatteurs...
S’agissant des perspectives d’émancipation, le statu quo+ ne devient-il pas la piste la plus répandue? Et que mettre dans ce plus? Pour Marcelle Forster, qui est aussi membre de l’AIJ, il y a moult institutions dans cette région. «Nous en avons même tellement que beaucoup de gens s’y perdent.» Dès lors, l’idée du statu quo+ consiste à faire du CJB l’organe de référence du Jura bernois. Il y est aussi question de fusion de communes. Donc, il y aurait déjà lieu de donner davantage de visibilité au CJB. Oui, il devrait chapeauter le tout.
André Mercerat constate aussi que ces innombrables institutions perturbent un citoyen qui ne sait pas qui fait quoi. Seule l’élite politique s’y retrouve, et pas toujours. L’AIJ? Elle devrait être supprimée rapidement et ses compétences transférées au CJB. Tom Gerber, tout en rappelant que l’Assemblée a permis de renouer avec le dialogue, attend néanmoins que dans la prochaine législature, le CJB devienne le partenaire du Jura et discute des institutions communes.
Manfred Bühler se rallie à cet avis sur le paysage institutionnel. «On ne pourra pas tout simplifier, mais en ce qui concerne l’AIJ, elle a fait son temps.» Pour le reste, il conviendra de ne pas trop mélanger les genres. Il pense notamment à la future Conférence régionale Jura bernoisBienne-Seeland. Pour des tâches particulières, n’oublions pas que le CJB est composé de purs miliciens.
Stéphane Boillat ne comprend pas ce qu’on entend faire du dialogue interjurassien en supprimant l’AIJ. Il y verrait même un pas en arrière. «Si le CJB a toutes les compétences du canton de Berne et peut discuter véritablement avec les Jurassiens, la piste pourrait être intéressante. Mais est-ce ce qui est prévu?»
La future Conférence régionale? Plus le temps passe et plus il devient méfiant avec ce genre de construction, qui nous attire de plus en plus vers les grandes villes et nous dépouille de nos moyens. Il constate que le CJB n’aura pas voix au chapitre au niveau de ces conférences.
«En termes de poids, celui du Jura bernois dans cette future instance sera aussi conséquent que celui de Saint-Imier par rapport à Bienne!»
Jean-René Moeschler rappelle que l’AIJ a été créée pour régler politiquement le conflit jurassien: «Chaque fois que je vois Serge Sierro, je le remercie pour son boulot admirable.» Il demande aussi de ne pas oublier que l’AIJ donne du grain à moudre au CJB, ne serait-ce que parce qu’elle constitue un lieu de débat réunissant des gens qui ne se causaient plus. Il ne voit donc aucune raison d’en finir avec elle. Quant au CJB, «l’organe qui donne la fierté de ce coin de pays», il a redéfini certaines règles. Pour l’avenir, il devra être plus proactif, anticiper, trouver un leadership. De quoi rappeler que son concept culturel a été fait au nez et à la barbe de l’Office de la culture. «Honorons ce statut particulier et misons véritablement sur le plus du statu quo!» Mais ne noyons pas tout dans une plus grande région!»
Et dans quels autres domaines que la langue et la culture peut-on progresser? «Le social!» s’exclame Jean-René Moeschler en pensant notamment aux conditions très particulières de notre industrie. André Mercerat se demande pourquoi on ne pourrait pas récupérer les prérogatives de l’AIJ. «Elle va arrêter d’elle-même, ce n’est pas à nous de lui dire quand», rétorque Jean-René Moeschler.
Alors, doit-on s’emparer de compétences que l’on n’a pas? Marcelle Forster juge qu’on peut dépasser les critères de culture et de formation dans les institutions communes. Le CJB est ainsi présent dans le groupe de travail qui planche sur le RUN neuchâtelois. Quant au dialogue, elle constate que les deux gouvernements et la Confédération ont dit qu’il fallait le pérenniser. Y aurait-il la même portée entre CJB et Gouvernement jurassien?
Désobéir pour aller plus loin, comme le propose Jean-René Moeschler? Tom Gerber répond oui et non, tout en admettant qu’il faut être plus proactif. Il rappelle que le Jura bernois n’a pas de centre. Rien que pour ça, il faut marquer sa différence. André Mercerat glisse que le CJB, contrairement à l’AIJ, est nommé par le peuple. /pabr
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