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Gros cubes et menu bétail en force

Une fois de plus, Chaindon a rassemblé 50 000 fidèles du plus grand festival paléo-rural et néo-agricole. Au menu, une augmentation sensible du menu bétail, et toujours ce désir immuable de caresser les chevaux, lisser les crinières, tâter les pis, faire des gratte-grattes à tous les poilus à quatre pattes.

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Yves-André Donzé

Le flux des adeptes de Chaindon arriva par les deux flancs de Reconvilier tapissés de bagnoles, tandis que les trains déversaient le content de public enfiévré. A peine débarqués, les fidèles pénétraient dans les effluves de gâteau au fromage servi par d’accortes personnes. Rituel immuable. Les plus matinaux des badauds ont croisé les émêchés qui rentraient encore pleins de nuit en prenant le cheminchien. A neuf heures du matin, crapaud bien nourri en main, ce maquignon, terme hautement positif ici, se dirigeait vers la cantine des machines agricoles. Il laissait partir ses rouges bêtes en claironnant: «On a tout vu ce qu’on voulait voir, on a fait nos affaires.» Les paysans étaient en augmentation cette année.

Plus de 150 bovins vendus 150 chevaux aussi. Au bord de la dernière rangée de chaînes, l’exposition de Salers du Cantal, celles avec les cornes en guidon de vélo, impressionnaient les éleveurs de vaches mères. Celle proclamée par la pub la «vache allaitante du 3e millénaire» beuglait son slogan: «Je vêle toute seule!» Du côté chevalin, nous avons croisé plusieurs bouchers mais le franches-montagnes tient toujours la route dans ce monde de loisir. En tout, avec les poneys et les quelques demi-sang, 150 chevaux vendus aussi. On les faisait trotter comme pour les concours sous l’œil mitigé des acheteurs, lesquels finissaient pas dire «top-la!» comme au bon vieux temps. Affaires conclues on se raconte le temps où il fallait rentrer à travers charrières et forêts.

On se remet soudain en mouvement sous les haut-parleurs qui crachotent des tubes tyroliens en allemand, la langue principale du jour. Elle s’accorde terriblement bien aux orchestres à la schwyzoise qui mettaient une sacrée ambiance dans les cantines. Dans la rue, des groupes de musicos typicos des Andes se sont fait éjecter par l’organisateur faute d’autorisation. Ils sont revenus dans une indifférence de gentiane ou plutôt de kräuter. Et puis la saucisse reste une valeur sûre, même qu’elle laisse un peu des traces sur les contrats d’assurances et les paperasses des grosses machines agricoles en forte progression de vente. On sentait les jeunes professionnels au faîte de leur savoir. Un aîné restait tout de même perplexe devant une tonne à mieule dotée d’une pieuvre d’épandage à 30 bras. Le bonheur. Comme ces brosses automatiques à laver le bétail.

On ne saura jamais les retombées économiques d’une telle manifestation, mais le président, qui n’en finissait pas de raconter à la presse et en temps réel sa dernière foire, chiffra à 100 000 les rentrées immédiates et, à 15 francs le bénéfice, une fois les travailleurs d’un jour rétribués. Ils seront réinvestis dans l’institution.

Le presque ex-président confirma l’augmentation en flèche du menu bétail dont la présence de 140 chèvres et moutons. Mais les lapins, mais les oies, mais les canards, mais les chiens tels ce dalmatien ravi de faire la vedette, mais les poules, et encore les poules.

Tout ce petit monde, et le grand aussi, a été contrôlé minutieusement au petit matin par le vétérinaire cantonal Benjamin Hofstetter qui trouve toujours telle bestiole attachée trop court ou n’ayant pas assez à boire. Il n’est pas resté assez longtemps pour admirer ces deux bidets attelés à un char toute la journée sans broncher d’un naseau, sans piaffer. Des anges.

La nouveauté de cette journée au succès aussi grand que celui de l’an dernier, les deux speakers ont été remplacés par un seul. Jean-Rodolphe Gyger, de Bellelay, a dû annoncer au micro deux bambins qui ont perdu leurs parents dans la foule ainsi que tel portefeuille perdu. Il a dû faire venir à voix haute les deux éleveurs récipiendaires des cloches, gagnant du plus grand nombre de bovins et d’équidés à Chaindon. Toutes sortes d’annonces dont celle qui ne fut pas la moindre: «Monsieur Untel doit rentrer immédiatement à la ferme. Une vache n’arrive pas à vêler.» /YAD



Incidents et autres rumeurs


A part une fillette qui a reçu une ruade heureusement sans conséquence, à part deux malaises signalés dans la foule, à part un veau qui n’a pas supporté le voyage dans la bétaillère et qui est arrivé mort à bon port, tout s’est merveilleusement bien déroulé.

Tout le monde allait de son commentaire, de sa bonne humeur, de son expression. Ainsi, en voyant accourir les premiers secours, un homme remarqua: «Y en a un qui a calenché!» Glanés au hasard aussi ce «Et pis on avait moins de paperasse!»

De la bouche du président de la fête Maurice Leuenberger qui évoquait, dans ses souvenirs, ce marchand avait perdu sa vache et l’avait rachetée plus cher le même jour, on entendit, lorsqu’un monsieur voulut payer un coup de fil urgent au bureau: «Si on ne perd que 1fr.30 à la commune, c’est pas si grave.»

Cette autre personne bien dans la fête expliquait à son fils, ou son petit-fils fils: «Tu regarderas c’toutil rond derrière la Boillat juste dans le contour!»; c’était à coup sûr un carrousel.

Cette autre se souvenait: «Il y a 25 ans, le gâteau au fromage était grimpé à 5fr.50 la tranche. Ils ont dû la redescendre à 4fr.50. Elle est y est restée.»

Devant la machine d’épandage, il dit à son confrère: «Tu te rends compte, y en a un qui vient puriner depuis tout loin jusque chez moi avec un de ces machins.»

Entendu dans la foule, cette personne qui dit à sa conjointe: «On veut aller voir si on trouve le long champ». Ou le Longchamp?

Vue aussi cette nichée de lapins à vendre entre deux immenses machines.

Dans la série des insolites enfin, l’hélicoptère d’Heliswiss qui a tourné toute la journée emmenant le public. L’hélico était piloté par un enfant de Reconvilier, Daniel Prêtre, pilote professionnel. /yad


Pour qui sont ces cloches?

La cloche du record de bovins amenés à la Foire de Chaindon est allée à Herhard Junker (32 ans) habitant à Iffwil, dans le Mittelland bernois. Il a présenté 20 vaches et huit génisses. C’est la troisième année que l’éleveur vient à Chaindon.

La cloche du record de chevaux est allée à Emilie Fleury, 17 ans qui, avec ses parents, ont amené 6 poneys Shetlandet une pouliche Franches-Montagnes 18 mois. «Mon frère a amené ausi des chèvres et des petits chiens de chasse», a précisé la jeune employée de commerce qui caresse l’idée d’être un jour paysanne au pays de la damassine et de la gelée. Emilie fait du cheval et court volontiers les gymkhanas de la région. Sa mère vient à Chaindon depuis sa prime enfance, et le paternel ne manque pas une occasion de venir au pied de la plus belle montagne du monde, où les affaires se traitent en faisant... la foire.

Il n’y a pas que la Saint-Martin pour sentir l’odeur du crottin! /yad

Mots clés: Foire de Chaindon

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