La cérémonie d'ouverture des Olympiades des fromages de montagne avait à peine débuté que les gardes du corps postés devant la tribune semblaient sentir le vent venir. Munis de parapluies, ils jetaient des coups d'?il éclairs, tels des oiseaux aux aguets. Pourtant, l'intronisation de Doris Leuthard au sein de la Confrérie du Gruyère s'est déroulée comme du papier à musique. Tout comme l'arrivée de la flamme olympique et les discours du ministre jurassien Michel Probst et du conseiller d'Etat bernois Andreas Rickenbacher, accompagnés par les airs apaisants des treize cors des Alpes de l'Echo du Vorbourg.
Ce n'est qu'à la fin du discours de Doris Leuthard, lorsque les organisateurs s'apprêtaient à pousser un «ouf» de soulagement, que tout s'est précipité. Avec cette phrase déclic: «A l'heure où le Conseil fédéral veut introduire des instruments spécifiques pour soutenir?», interrompue par un premier jet de bottes. Treize autres producteurs de lait ont suivi, retirant leurs bottes dans une assistance soudain chaotique. Puis les sifflets et les huées d'agriculteurs de la région et d'ailleurs se sont élevés en fanfare.
Non touchée, la ministre de l'Economie a gardé son calme, droite au milieu de la tribune, protégée toutefois par les parapluies des agents de sécurité. «Je reste.» Huées encore plus vives dans la salle. «S'il vous plaît, il s'agit de Jeux olympiques. La Suisse est une démocratie, c'est pour cela que j'accepte votre colère. Aïe aïe aïe.»
Réponse des manifestants: «La parole aux paysans! La parole aux paysans!» Par l'action orchestrée par Uniterre «Bottons les 28 millions en touche», les producteurs ont voulu montrer que de cette somme débloquée cette semaine par le Conseil fédéral pour les agriculteurs n'est qu'une mascarade, selon eux. En demandant quelques minutes de micro en public, c'est cela qu'ils auraient voulu expliquer devant l'assistance. La parole leur a été refusée, mais la conseillère fédérale leur a proposé d'aller discuter après la cérémonie. Refus d'Uniterre qui aurait souhaité s'exprimer en public.
Au bout d'une demi-heure de grogne, une vingtaine de policiers sont entrés, sans toutefois avoir besoin d'intervenir. Les cors des Alpes ont repris des airs pour apaiser la fin en queue de poisson de la cérémonie.
Alors que le public se dispersait peu à peu parmi la soixantaine de stands du marché aux fromages, des membres des Chambres d'agriculture du Jura et du Jura bernois étaient dépités. «C'est dommage que ça se soit passé comme ça. Nous avions aussi prévu une action pour nous faire entendre, mais pas de cette façon», expliquait Henri Spychiger. A leur stand, une corbeille garnie assortie d'une lettre ouverte attendait la ministre. «Il y a un problème de fond et la politique du ?produire toujours plus? prônée par Doris Leuthard ne peut pas continuer durablement», avertissait le producteur de lait.
En émoi, les organisateurs espéraient hier que la suite des festivités serait plus «olympique». /DWI
Fondue géante - de quoi rassasier plus de 1000 hôtes
Habitué à l’exercice, le maître fromager des Ponts-de-Martel Didier Germain a réalisé une fondue au fromage gargantuesque hier soir à la Halle du Marché-Concours de Saignelégier. Pour servir les près de 1100 convives affamés, il a concocté sous leurs yeux un mélange de 280 kg de fromage. La recette: 140 kg de gruyère, 70 kg de tête-demoine, 35 kg de major Benoît et autant de vacherin fribourgeois. Pour donner du corps à cette masse, 120 litres de vin blanc, trois kilos d’ail et un bon kilo de poivre y ont été ajoutés. A quelques minutes de servir sa potion magique, le chef nous livrait ses conseils: «L’important quand on prépare en si grande quantité, c’est de bien choisir ses fromages. Il faut aussi de l’énergie, et pas seulement l’énergie des bras!» S’il a tourné la fondue pendant plus de trois heures avec trois hommes forts, Didier Germain soulignait en effet l’importance de la cuisson. En l’occurrence, l’ingénieuse cuve, chauffée au gaz, était constituée d’un double bord contenant de l’eau bouillante et fonctionnait selon le principe du bain-marie. Une fois les 72° C atteints, une septantaine de bénévoles, tels un bal de fourmis, ont apporté les caquelons aux convives. /dwi
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