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Bellelay et son fromage au théâtre

Aux Olympiades de l’énergie, la tornade Madelon décrocherait l’or! Elle aura à cœur de ne pas rater sa sortie, Madeleine Blanchard. Gérante bénévole de toutes les activités liées à Promotion Bellelay SA, la tornade de la Courtine a mis sur pied un spectacle à l’occasion des Olympiades. Après, elle pourra enfin tirer sa révérence. Pour vivre une retraite qu’on subodore hyperactive.

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Bellelay et son fromage au théâtre (Video)
Pierre-Alain Brenzikofer

Depuis qu’elle a posé son baluchon dans la Courtine, la région oscille perpétuellement entre la joie et l’Ajoie. Façon de susurrer que la Madelon, comme on l’appelle affectueusement, n’a jamais renié ses origines et qu’elle a emmené dans sa besace toute la chaleur, la convivialité et le bagout de son coin de pays, caractéristiques qui font un brin défaut dans nos austères contrées. S’imaginait-elle, lorsqu’elle a quitté son emploi au secrétariat du Journal du Jura en 2004 à 62 ans qu’elle en retrouverait un autre quasiment à plein temps deux ans plus tard? Et bénévole, de surcroît. Oui, dame Blanchard occupe une position clé dans la nouvelle structure érigée sur les ruines de la Fondation Bellelay. Ne gère-t-elle pas tout à la fois les visites commentées, les dégustations, les locations des chambres d’hôte et les manifestations diverses? Dans ce contexte, elle ne pouvait décemment pas rater le rendez-vous des Olympiades, où elle présentera un spectacle sur Bellelay et son fromage réalisé par ses soins de A à Z.

Après, insiste-t-elle, elle tirera sa révérence. Pour jouir enfin d’une retraite bien méritée. Et quelle retraite! «Quand j’ai quitté Le Journal du Jura, j’avais mille projets que j’ai dû mettre de côté», rappelle-t-elle en jurant que cette fois, on ne l’y reprendrait plus. Pour la bonne bouche, on citera ces cours d’italien et de généalogie mis en attente, ce cheval acheté en 2004 et qui hennit de désespoir dans son box. Ceux qui la connaissent savent que la Madelon adore cuisiner. Pour elle et surtout pour les autres. Membre de la Société jurassienne d’émulation et de l’Association pour la protection du patrimoine jurassien, elle souhaiterait y être plus active.

Férue de théâtre et de concerts, elle se désole de ne pas être plus présente dans l’équipe du cinéma Royal à Tavannes. Et depuis que Bernard Heiniger a réinstallé un orgue à l’Abbatiale, elle a commencé de prendre des leçons: «Pensez donc! Moi qui tapotais sur un vieux piano à 2500_fr., je m’exerce désormais sur un orgue à un million.»

Et on ne s’arrêtera pas là pour autant. Sociétaire de l’équipe de la Traction, le vieux train à vapeur, elle jubile déjà à l’idée d’y servir quelques menus de derrière les fagots. Nous évoquions l’Ajoie? La Madelon ne l’a pas oubliée, qui fonctionne comme bénévole dans la célèbre troupe des Echaipouses – lessiveuses, en patois – de Coeuve et rêve toujours de monter sur scène. Seulement, voilà. Actuellement, Madame passe son temps sur le site de Bellelay à organiser ravitaillement et réservations. «Je dois perpétuellement avoir un œil sur le calendrier», soupire la secrétaire d’honneur de la Société de cavalerie de la vallée de Tavannes.

Ce tableau apocalyptique ne serait pas complet si on ne rendait pas hommage à ses qualités de tricoteuse: «Hélas, depuis ma retraite officielle, je n’ai achevé qu’une chaussette. Même pas la paire...»

Comme Edith Piaf, elle ne regrette cependant rien. A Bellelay, elle est fière d’avoir accueilli tout à la fois le Rotary, le Lion’s Club, des handicapés, des séminaires de médecins, des fonctionnaires fédéraux à la pelle et le Symposium international des orgues: «Avec la visite du Musée de la tête-de-moine, les promenades en char attelé, la découverte de l’Abbatiale, la confection de tête-de-moine, on peut passer une belle journée ici. Et moi, grâce aux visiteurs, je fais le tour de la planète sans bouger.»

Oui, les activités de Promotion Bellelay SA sont prometteuses. Pour l’an prochain, les demandes affluent déjà. Y compris des réservations pour des mariages. Utile précision, l’Abbatiale n’est plus consacrée...

Même la mauvaise saison qui s’annonce ne sera plus cauchemardesque. Allusion aux soupers de boîte, comme on dit ici. Mais aussi aux skieurs de fond et autres raquetteurs – attention à l’orthographe – qui redécouvrent enfin les rigueurs de la Courtine.

Et le tout sans publicité: «Nous n’avons pas les moyens.» Damned, un sacré défi pour le nouveau gérant professionnel qui devrait reprendre le flambeau dès 2010.

Côté fromage, l’organisation est une bonne affaire pour la tête-de-moine. N’en a-t-on pas écoulé 400 rien que pendant les vacances d’été? «Quand un car des Landfrauen débarque, chaque visiteuse repart avec un fromage et une girolle.»

Sacrée Madelon! Au moins, avec sa retraite, elle aura le temps de revenir au JdJ pour nous concocter de bons petits plats... /PABR

 

Bellelay et son fromage au cours des siècles

 - Vendredi 23 octobre  14h et 16h30.
 - Samedi 24 octobre  10h30, 14h et 17h.
 - Dimanche 25 octobre  10h30, 14h et 17h
 - Durée  35 minutes (10 scènes).
 - Lieu  Haute grange du bâtiment historique de Bellelay
 - Au four, au moulin, à la réalisation et à la girolle  Madeleine Blanchard.

 

«Ici, mieux vaut décidément prévoir des rôles muets»

 «Dans le Jura bernois, quand vous montez une pièce, mieux vaut prévoir des rôles muets. Faire apprendre un rôle aux gens d’ici, c’est mission impossible!»

Elle ne mâche pas ses mots, l’Ajoulote, à l’heure d’évoquer ses malheurs. Mais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle a décidé de passer outre la timidité légendaire des taiseux d’ici. Pour «Bellelay et son fromage au cours des siècles», spectacle de 35 minutes, la Madelon a tout à la fois assuré la mise en scène, l’écriture des textes, la confection des costumes et on en oublie. Elle a forcément déniché les comédiens... muets, rameuté les éclairagistes et convaincu Gérard Kummer, célèbre pianiste jurassien natif de Malleray, d’assurer la partie musicale.

Le tout grâce à ses gènes ajoulots auxquels elle tient comme à la prunelle de ses yeux: «Plus on vieillit, plus on se rapproche d’où l’on vient», souligne avec émotion cette native de Bonfol pour qui ses compatriotes ont authentiquement en eux quelque chose de France.

Le spectacle, dans tout ça? Patience, on y arrive. Sans dévoiler les multiples facettes de la création, tout commencera par un film évoquant la région et son fromage. Après, la troupe remontera le temps. 600 chanoines, 42 abbés? De quoi revenir en 1136 avec la légende du preux Siginand, égaré au cours d’une chasse et promettant d’ériger un oratoire là où il avait tué une belle laie. L’épopée pouvait commencer. A cette époque, il fallait des gens compétents pour fabriquer des fromages. En sus, les chanoines connaissaient aussi les champs, le bétail et les bonnes recettes.

Histoire de ne pas tout dévoiler, on se projettera sans vergogne en 1797, quand les moines furent chassés par ces maudits Français. Au point de devoir se réfugier dans des familles protestantes. L’horreur. La tête-de-moine? Elle apparaît pour la première fois dans les archives du département du Mont-Terrible en 1798. Avant, on parlait simplement de fromage. Quant à l’origine du nom, on évoque tout à la fois la calotte des moines et le nombre de pièces fabriquées par tête de moine. Sans trait d’union!

«J’ai tenu à insister sur l’importance du fromage dans l’histoire de Bellelay, note Madeleine Blanchard. N’a-t-il pas remporté le concours universel de Paris en 1856?» On vous fera grâce des autres prix. Surtout qu’il y en aura sûrement de nouveaux lors des Olympiades. /pabr

 

La recette de Madeleine Blanchard

Gâteau au fromage du couvent

Ingrédients (pour quatre personnes):

- 50g de tête-de-moine râpée grossièrement ou coupée en petits dés
- 250g de pâte à gâteau
- 100g de sbrinz
- 2 à 3 oeufs
- 1,5 dl de crème fraiche
- sel, poivre

Préparation:

- préchauffer le four à 200 degrés
- abaisser la pâte à l'aide d'un rouleau
- répartir les deux sortes de fromage sur la pâte
- mélanger les oeufs et la crème, assaisonner, puis verser sur le fromage
- cuire 15 à 30 minutes

Servir chaud

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