Egalement membre de la Délégation du Conseil exécutif pour les affaires jurassiennes en compagnie de Bernhard Pulver (Les Verts) et Philippe Perrenoud (PS), l’agrarien Christoph Neuhaus suit de très près les soubresauts de la Question jurassienne. Ancien secrétaire de l’UDC, cet homme de réseaux, surnommé Machiavel par certains observateurs, est aussi un politicien familier du terrain.
L’Assemblée interjurassienne, dès lors, retient toute son attention. Lors d’un récent entretien avec le directeur de la Justice, on a ainsi pris acte que le Gouvernement bernois avait décidé de faire un beau cadeau aux Jurassiens en acceptant que le président de l’AIJ Serge Sierro, démissionnaire pour la fin de l’année, soit encore remplacé par une personne extérieure aux cantons de Berne et du Jura.
«Les ministres jurassiens sont en réélection cette année», s’amuse Christoph Neuhaus. Bref, Berne a lâché du lest, même si le conseiller d’Etat préfère noter qu’il s’agit d’une décision de la Conférence tripartite pour mieux avancer.
«Et puis, tout n’est pas encore décidé, conclut notre interlocuteur. L’Assemblée a donc besoin d’une personnalité externe qui porte le projet jusqu’au bout.»
Ces considérations mises à part, le Conseil exécutif n’a pas changé d’avis. Parmi les deux pistes préconisées par l’AIJ, il a choisi celle du statu quo + au détriment de celle dite des six communes. Pourtant, la Berne cantonale avait toujours clamé qu’elle s’appuierait sur l’avis du Conseil du Jura bernois. Cela concernerait-il donc uniquement la question du vote éventuel? Christophe Neuhaus souligne à ce propos que les travaux sont encore en cours, mais que le CJB est bel et bien là pour s’occuper du Jura bernois. «Il faut être conséquent. Ces gens sont proches de la population. A eux d'indiquer la température et de nous montrer la voie à suivre.»
Le vote, alors? «Nous préparons actuellement les décisions qu’il s’agira de prendre dans les mois et années à venir. Mais pour le gouvernement, cette question concerne aussi Bienne. En ce qui me concerne personnellement, un vote sur la destinée du Jura bernois ne serait nullement une hérésie. Au peuple de décider. Donc de décider s’il veut décider et, surtout, s’il y a quelque chose à décider! Moi, je n’irai jamais à l’encontre de la volonté de la population du Jura bernois. Je suis un démocrate», insiste le magistrat.
Nous l’avons esquissé plus haut, le Conseil exécutif est favorable au statu quo +. «Une décision unanime des sept personnes concernées», glisse Christoph Neuhaus. Et si le CJB optait pour le coup de tonnerre en proposant la piste des six communes? Eh bien, il en faudrait davantage pour déstabiliser le directeur de la Justice: «N’oubliez pas que c’est de toute façon le peuple concerné qui aura le dernier mot!»
Façon de glisser qu’à ses yeux, vote il y aura bel et bien: «Certains le souhaitent le plus vite possible, mais je sais que pour d’autres Jurassiens bernois, la question n’est plus à poser.»
Petite nuance. Christoph Neuhaus est favorable au scrutin pour autant qu’il soit assorti d’un moratoire de 30 ans. Soit le temps de laisser passer une génération avant de reposer la même question. Serait-il sûr du résultat, le conseiller d’Etat?
Restait à évoquer le cas de Bienne et le statut d’observateur que la ville réclame à l’AIJ. Ici, l’homme, qui a aussi tâté du journalisme sportif et fut responsable de la communication pour l’Euro 2008, botte quelque peu en touche: «Les personnes impliquées devront décider. Mais, pour ma part, le sort des milliers de Romands de Bienne est tout sauf négligeable. Bref, la question du Jura bernois est aussi celle de Bienne!»
Tout est dit. /PABR
Ces conférences régionales qui inquiètent un peu le Jura bernois...
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’avènement des fameuses conférences régionales ne constitue pas le dossier majeur de la Direction de la justice. Christoph Neuhaus, en effet, cite plutôt la loi sur les tutelles et la réorganisation de la justice. «A ce niveau, insiste-t-il, il y a encore beaucoup à aménager en matière d’emploi et d’infrastructures. Accessoirement, il y aura des évaluations à faire, des changements à effectuer.»
A ce propos, il jure de vouer une attention particulière à l’arrondissement administratif bilingue de Bienne, où le préfet élu devra toujours disposer d’un suppléant francophone. Avec l’agrandissement du territoire, note-t-il par exemple, un citoyen romand d’Aarberg a parfaitement le droit d’exiger un magistrat parlant sa langue. «La traduction n’est pas possible, insiste-t-il. Il faut veiller à maintenir le français.» Christoph Neuhaus a néanmoins constaté que le bilinguisme se perdait depuis 30 ans: «Soit on le vit et on le fait. Mais si le Jura bernois rejoignait le Jura? Que ferait-on à Bienne? Un mur comme à Srebrenica? Dans ce canton, nous sommes bilingues et possédons une histoire bilingue. C’est dur, mais c’est ainsi. Les mêmes problèmes se posent au niveau national quand il est question de sauvegarder la cohésion du pays.»
Dès lors, il convient de conserver ce rôle de pont: «Nous faisons des erreurs, certes. Mais nous nous efforçons véritablement de vivre ce bilinguisme. Vous savez, je participe à de nombreuses séances dans ces autres cantons bilingues que sont Fribourg et Valais. Eh bien, on ne s’y exprime qu’en français...»
Ce qui nous mène à ces fameuses conférences régionales. Dont l’une devrait recouper la région Bienne-Seeland-Jura bernois. Ce qui inquiète un peu le dernier cité. «J’ai toujours défendu l’autonomie des communes, nous stoppe l’agrarien. Mais certaines tâches ne peuvent plus être gérées par deux ou trois collectivités.» Et d’énumérer les transports publics, la planification du territoire et les écoles. «Pour ces quelques missions, poursuit-il, il convient de travailler ensemble. L’important consistera à toujours définir qui fait quoi.»
Alors, conviendra-t-il de créer une sous-conférence Jura bernois pour rassurer les inquiets? «A la région de décider, mais pourquoi pas? Il faut aussi savoir que si on souhaite rester autonome, il y a lieu d’accepter quelques aménagements suprarégionaux comme ces conférences.» Les fusions de communes, dans tout ça? A entendre Christoph Neuhaus, le gouvernement n’aura même pas besoin de durcir le ton: le Grand Conseil s’en chargera. «Tout est question de motivation. Reste qu’en attelant ensemble un haflinger et un franches-montagnes, on n’obtiendra pas une médaille olympique.»
Ce qui nous mène à toutes ces instances – CJB, AIJ, conférences, etc. – qui égarent le citoyen. «C’est aussi un problème du canton de Berne. Raison pour laquelle il faudra désormais administrer et pas seulement gouverner. Savoir qui fait quoi.»
A titre personnel, l’homme verrait bien un ou deux organes disparaître. Lesquels? En souriant, il opte pour le mutisme: «Que les concernés discutent! Moi, je ne suis pas favorable à l’Europe ou aux grandes régions. Mais travailler ensemble dans les régions, c’est autre chose...» /pabr
EDITO
Jura bernois: la croisée des chemins
A en croire le conseiller d’Etat Christoph Neuhaus, il semble désormais acquis que le Jura bernois devra revoter sur son appartenance cantonale et que Serge Sierro aura un successeur «fédéral» à la tête de l’AIJ.
Révolution? Pas vraiment si on y regarde de plus près. Mais si le vote fait de plus en plus figure d’évidence, reste à en définir les modalités. Une autre paire de manches, tant il est vrai que certains, dans le Jura bernois, s’y opposeront farouchement pendant que d’autres exigeront que le Jura se prononce d’abord, puisqu’il est censé adresser une «offre de partage» au frère ennemi. Restera accessoirement à définir les questions à poser aux deux régions. Difficile, en effet, d’imaginer le Jura se prononcer sur le statu quo +. Le Conseil du Jura bernois? On ne le voit pas s’opposer à un vote si le gouvernement, de surcroît favorable à la piste précitée, en accepte l’augure.
Bref, les années à venir devraient se révéler plus chaudes que l’été que nous vivons présentement! Reste à savoir si le vœu de Christoph Neuhaus – un moratoire de 30 ans si le vote se révèle hostile à la réunification – sera exaucé. En proposant cette nuance, l’homme prouve au moins qu’il est sûr du résultat. Et surtout qu’il n’aimerait pas entendre hurler «La lutte continue»
Sous ses fenêtres dès l’issue du scrutin.
Quant au remplacement de Serge Sierro par un président «fédéral», il s’agit bien évidemment d’un cadeau bernois à des Jurassiens pour lesquels la Question jurassienne doit rester ad aeternam une question suisse. Pareille évolution – ou non-évolution – aura cependant de quoi décevoir ceux qui, dans le Jura bernois, misent sur une dissolution rapide de l’Assemblée. On imagine en effet mal la Conférence tripartite nommer pour quelques malheureux mois une personnalité du calibre de Ruth Dreifuss, Luigi Pedrazzini, Dick Marty ou Gilles Petitpierre, histoire d’énumérer les noms cités avec insistance dans les bonnes officines.
Oui, le futur proche s’annonce palpitant. Pour la sérénité, faudra cependant repasser. Dites! on ne peut pas tout avoir... /pabr
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