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Le dissident Liu Xiaobo privé de sépulture

Liu Xiaobo sans sépulture, ses cendres dispersées en mer

Liu Xiaobo n'aura pas de sépulture. Les cendres du dissident chinois ont été dispersées en mer samedi. Ce choix a été dénoncé par des proches du prix Nobel de la paix, à l'heure où le sort de sa veuve reste incertain.

(ats) Les autorités chinoises ont diffusé une vidéo montrant son épouse Liu Xia et d'autres personnes mettant à l'eau une urne blanche, deux jours après le décès de l'opposant de 61 ans des suites d'un cancer du foie. La dépouille de Liu Xiaobo avait été incinérée à l'aube à Shenyang, dans le nord-est du pays, une ville où il était hospitalisé loin du regard des médias tenus à l'écart de ses proches.

"Les autorités ont peur que si quelqu'un d'aussi emblématique que Liu Xiaobo a une tombe, elle devienne un endroit où ses partisans se réuniront", a déclaré samedi Ye Du, un dissident proche de la famille du défunt. "Elles ne pouvaient autoriser qu'il soit enterré."

"En Chine, on ne trouvera plus aucun endroit où commémorer Liu Xiaobo", a déploré Hu Jia, un militant et ami du couple.

Le frère aîné du dissident défunt a cependant défendu la dispersion des cendres samedi lors d'une conférence de presse savamment organisée par les autorités. Louant "le système socialiste", Liu Xiaoguang a remercié le régime communiste pour son "humanité" et assuré qu'il avait agi "selon la volonté des membres de la famille".

Des propos dont la sincérité ne pouvait être vérifiée, les autorités verrouillant depuis le début toute information sur Liu Xiaobo et l'accès à ses proches. Les médias n'ont pas pu interroger le frère du dissident à l'issue de sa déclaration.

Ecrivain et professeur, Liu Xiaobo avait été arrêté en décembre 2008 puis condamné un an plus tard pour subversion à onze ans de prison. Pékin lui reprochait notamment d'avoir corédigé en 2008 un manifeste, la Charte 08, prônant des élections libres. Il avait obtenu en 2010 le prix Nobel de la paix.

Le dissident avait bénéficié d'une liberté conditionnelle et été hospitalisé après la détection de son cancer fin mai. Il est mort jeudi, sans que le régime ne le laisse finir ses jours en liberté à l'étranger. Cela vaut depuis à Pékin une pluie de critiques.

Des photos diffusées par les autorités samedi montraient son épouse en pleurs devant le corps de son mari, ainsi que des proches s'inclinant devant sa dépouille entourée de fleurs.

Vivant depuis 2010 en résidence surveillée sans qu'aucune charge n'ait jamais été portée contre elle, la poétesse et photographe a été autorisée à se rendre au chevet de son mari avant son décès, mais ses contacts avec le monde extérieur restent limités.

Les Etats-Unis et l'Union européenne, mais également la Suisse, ont appelé Pékin à la libérer et à la laisser quitter la Chine si elle le souhaite.

"D'après ce que je sais, Liu Xia est libre", a assuré samedi lors d'une conférence de presse Zhang Qingyang, un responsable de la municipalité de Shenyang. Une déclaration mise en doute par des proches de la famille, qui restaient sans contact avec elle. Son beau-frère a laissé entendre qu'elle pourrait à son tour être hospitalisée.

"Il est préférable pour elle qu'elle ne reçoive pas trop de sollicitations extérieures durant cette période de deuil. C'est le souhait de la famille", a affirmé de son côté le responsable municipal pour justifier le silence de Mme Liu.

"La façon dont le gouvernement chinois a forcé la famille à incinérer Liu Xiaobo et à disperser ses cendres en mer, puis a obligé le frère de Liu à faire des déclarations comme un robot aux médias sur la grande attention du gouvernement chinois et la supériorité de son système de santé est déplorable", a déclaré l'avocat du dissident aux Etats-Unis, Jared Genser.

L'artiste et dissident chinois Ai Weiwei, qui vit à Berlin, a tweeté de son côté une photo des funérailles en les qualifiant d'"écoeurantes" et de "violation" du respect dû aux morts.

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