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Le président brésilien dans de sales draps

Le président Michel Temer tente de sauver son mandat

Le président brésilien Michel Temer tentait jeudi de s'accrocher à son mandat malgré les nouvelles accusations de corruption qui aggravent la crise politique et économique. Ces révélations ont aussi fait plonger les marchés.

(ats) Plusieurs perquisitions ont été lancées dès les premières heures de la journée à Brasilia, Rio de Janeiro et Belo Horizonte, après des révélations d'O Globo. Publiées la veille sur le site du quotidien, elles ont fait l'effet d'une bombe.

De nombreux partis d'opposition ont aussitôt demandé la démission du président conservateur. Des dizaines de manifestants défilaient dans la rue aux cris de "Temer dehors".

Michel Temer réfute les accusations lancées contre lui. Il a déclaré jeudi matin à des parlementaires qu'il ne serait pas chassé de son poste. Il a toutefois annulé tous les rendez-vous de la journée pour réagir à la crise qui couve.

Selon le journal, le président a été enregistré par un chef d'entreprise en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin pour acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés. L'homme est aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras.

Dans le cadre des investigations, M. Cunha a été accusé d'avoir dissimulé 1,5 million de dollars sur des comptes secrets en Suisse. Il a été condamné fin mars à quinze ans de prison.

Signe de vive inquiétude, la séance de bourse a été suspendue après une chute de plus de 10% du principal indice brésilien et de quasiment 6% du Réal à l'ouverture. Anticipant ce mouvement de panique des investisseurs, la Banque centrale du Brésil avait vite publié un communiqué dans lequel elle assure "suivre de près la situation et agir pour maintenir le bon fonctionnement des marchés".

La grave crise politique que traverse le pays est envenimée par une récession historique. Le gouvernement actuel tente de la résorber par le biais de mesures d'austérité impopulaires, notamment la réforme du système des retraites. Son approbation par le parlement risque fort d'être freinée par ce nouveau scandale.

Les perquisitions policières jeudi matin ciblaient plusieurs propriétés du sénateur Aécio Neves (centre-droit), candidat malheureux de la dernière élection présidentielle, lui aussi ciblé par un enregistrement compromettant cité par O Globo. Selon les médias brésiliens, son mandat de sénateur a été suspendu par la Cour Suprême et le procureur général a demandé son arrestation.

En 2014, M. Neves a perdu d'une courte marge au second tour de l'élection présidentielle face à Dilma Rousseff (gauche) réélue pour un second mandat. Celle-ci a ensuite été destituée en août 2016, pour maquillage des comptes publics.

Elle a été remplacée, jusqu'à la fin du mandat fin 2018, par Michel Temer, qui était son vice-président. Les militants de gauche l'accusent d'avoir orchestré un "coup d'Etat", notamment avec Eduardo Cunha, pour prendre le pouvoir.

C'est justement l'ancien chef des députés, parfois comparé à Frank Underwood, héros manipulateur de la série américaine "House of Cards", qui risque de le précipiter indirectement dans sa chute.

O Globo révèle que M. Temer a rencontré le 7 mars Joesley Batista, un des propriétaires du groupe J&F, qui contrôle notamment le géant de la viande JBS. M. Batista s'est enregistré secrètement alors qu'il expliquait au chef de l'Etat qu'il versait des sommes d'argent à Eduardo Cunha pour acheter son silence.

"Tu dois maintenir ça (les pots-de-vin)", a alors répondu le président Temer, sans savoir qu'il était en train d'être piégé par l'enregistrement de son interlocuteur. Le journal révèle que Joesley Batista a aussi remis aux autorités un autre enregistrement dans lequel M. Neves aurait demandé 2 millions de réais (environ 622'000 francs environ) de pots-de-vins.

L'entreprise JBS avait déjà défrayé la chronique en mars, pour son implication dans un scandale de viande avariée. Premier exportateur mondial de viande, le Brésil avait alors dû faire face à un embargo total ou partiel de la part d'une vingtaine de pays, avec de dures négociations à la clé pour obtenir la réouverture progressive des marchés.

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