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Naufrage du Costa Concordia

Le capitaine mis en cause

Cinq victimes par noyade et 15 disparus: tel est le bilan du naufrage du Costa Concordia vendredi, après avoir heurté un rocher près de l’île toscane de Giglio. Le capitaine a été arrêté. Il a sans doute commis une erreur de navigation. Pire, il a quitté le navire avant les derniers passagers.

Le Costa Concordia a fait naufrage à moins de 300 mètres de la côte. (Photo Keystone)

Sur la vidéo amateur prise du rivage, le Costa Concordia défile lentement, illuminé comme un sapin de Noël et toutes sirènes hurlantes, à quelques encablures du Giglio, petite île à douze milles au large de l’Argentario, haut lieu touristique de Toscane. La séquence, prise lors d’un précédent passage du paquebot, le 12 août dernier, est saisissante tant le navire est près de la côte. A l’époque, autorités locales et compagnie avaient échangé des télégrammes de félicitations: «C’était magnifique. Espérons qu’il puisse se renouveler», déclarait Sergio Ortelli, maire de cette petite commune de 1500 âmes. Les autorités locales avaient donné un nom à ce spectacle «très suggestif»: l’«inchino», le salut.

61 Suisses localisés
«Cette fois, quelque chose est allé de travers», se désolait hier le même Ortelli. Tragique erreur de navigation qui a fait cinq morts par noyade et quinze disparus. Selon les derniers chiffres disponibles du Département fédéral des affaires étrangères 61 personnes des 69 ressortissants suisses ont été localisés. Deux de ces personnes ont été légèrement blessées. Le DFAE cherche toujours à localiser les huit passagers helvétiques restants.

Pour le parquet de Grosseto, qui a ouvert une enquête, «le Costa Concordia n’a pas emprunté la bonne route» et le système de commandement «n’a pas fonctionné comme il aurait dû». Le procureur en chef Francesco Verusio a fait arrêter le commandant Francesco Schettino (52 ans) et son second, pour «négligence grave, homicides multiples et abandon de navire», tous deux étant descendus à terre alors que de nombreux passagers se trouvaient encore à bord. L’officier s’est défendu en affirmant que les écueils heurtés par le navire «ne figuraient pas sur les cartes nautiques». «Faux. Ils sont parfaitement signalés», a rétorqué la capitainerie. La compagnie Costa Crociere a démenti que le navire soit sorti de sa route. Dimanche soir, un rescapé français a toutefois fait part de son intention de porter plainte contre la compagnie.

Mauvais présage
Il était 21h30, ce vendredi 13 janvier, quand le paquebot, venant de Civitavecchia et se dirigeant vers Savona en Ligurie, a éperonné les Scole, un chapelet de rochers à deux milles du port, perforant la double coque. En trois minutes, une quantité énorme d’eau s’est embarquée par une brèche de 70 mètres, sous la ligne de flottaison. Le navire parcourt encore 700 mètres tous feux éteints avant que le commandant ordonne de larguer les deux ancres pour le stabiliser. Le navire se couche sur le flanc droit, par 80 degrés, à 50 mètres de l’îlot le plus proche.

A quatre reprises, le commandant rassure les garde-côtes, alertés par des passagers italiens qui les ont appelés de leur portable: «C’est seulement une panne d’électricité. On se débrouille.» Il mettra une heure avant de leur demander une aide d’urgence.

Un mauvais présage avait marqué le lancement de ce géant des mers, long de 290 mètres, avec 57 mètres de ponts au-dessus du niveau de la mer. Lors de son baptême à Civitavecchia, en juillet 2006, la bouteille de champagne lancée contre sa coque ne s’était pas brisée. Il y a deux ans, il avait heurté violemment un môle du port de Palerme, défonçant sa proue.

Suite dans notre édition de lundi.
 

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