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Les pères de la Swatch à l'honneur

Hier soir, Elmar Mock et Jacques Muller ont reçu le Prix Gaïa 2010 dans la catégorie artisanat-création. Une distinction prestigieuse qui récompense les inventeurs de la célèbre montre en plastique.

Les pères de la Swatch à l'honneur

<span style="font-style: italic;">Philippe Oudot</span><br><br>Swatch, c'est l'histoire d'une réussite extraordinaire, mais aussi de la rencontre improbable entre deux inventeurs et un patron qui a su reconnaître leur coup de génie et a osé prendre des risques pour relever le défi. Résultat: 30 ans après sa création, la Swatch s'est vendue à plus de 250 mios d'exemplaires dans le monde. Hier, le Musée international de l'horlogerie (MIH) de La Chaux-de-Fonds a rendu hommage aux deux pères du fameux garde-temps en plastique qui a révolutionné l'horlogerie suisse, Jacques Muller et Elmar Mock. Les deux «co-inventeurs des solutions techniques nouvelles contenues dans les brevets du concept de la montre Swatch originelle» ont reçu le Prix Gaïa 2010 dans la catégorie artisanat-création.<br><br>Visiblement heureux de recevoir cette prestigieuse récompense, Elmar Mock la considère comme «une reconnaissance de notre travail par nos pairs horlogers». Elle rend aussi justice à ceux dont le nom a été largement occulté dans le grand public pour qui le père de la Swatch était Nicolas Hayek. En fait, souligne Elmar Mock, «plus que Jacques Muller et moi-même, ce sont surtout nos propres enfants qui ont souffert de cette occultation de notre passé et des doutes jetés sur notre travail».<br><br>Pour notre interlocuteur, «on n'a jamais très bien su si Nicolas Hayek a joué un rôle dans l'attribution de cette paternité, ou s'il a simplement laissé dire. Mais toujours est-il que cela a créé un mythe», ajoutant que feu le grand patron du Swatch Group a fait suffisamment de bonnes choses pour le bien de l'horlogerie suisse sans avoir besoin de cela. Quoi qu'il en soit, il note que le choix du jury du Prix Gaïa s'est fait du vivant de Nicolas Hayek et interprète cela comme un assentiment du patriarche.<br><br>Pour en revenir à l'aventure de la Swatch, il parle d'une période fascinante et constate que le résultat est le fruit d'un vrai travail d'équipe avec Jacques Muller. «A tel point qu'il est difficile de dire qui a apporté quoi dans le projet, tant nous étions complémentaires.» Lui-même fils d'horloger, Elmar Mock dit être tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Alors que la branche est en pleine crise au milieu des années 70, il entre au service d'ETA comme ingénieur en microtechnique. Très intéressé par les qualités du plastique, il complète sa formation en devenant ingénieur plasticien.<br><br>Chez ETA, il rencontre Jacques Muller, un ancien de Tavannes Watch, maison spécialisée dans les mouvements horlogers de base. «Nous avons commencé à laisser aller notre imagination, à rêver d'une montre très bon marché capable de reprendre des parts de marché à la concurrence asiatique.»<br><br>A fin 1979, les deux créateurs fixent les grands principes de ce qui deviendra la Swatch: une montre à quartz en plastique simplifiée à l'extrême, non réparable, utilisant le fond de la boîte pour y assembler les composants du mouvement, et dont la production et la fabrication sera entièrement automatisée. Pour cela, ils font la demande d'une unité d'injection plastique. Mais comme le souligne Elmar Mock, il aura fallu une part de hasard et la rencontre improbable et non planifiée avec le patron d'ETA pour que le projet voie le jour. En mars 1980, les deux compères sont convoqués dans le bureau du patron. Le temps de griffonner à la main une esquisse de la première Swatch sur du papier millimétré et les voilà face à Ernst Thomke. Celui-ci réagit au quart de tour, comprenant très vite le potentiel du projet un peu fou pour lequel il donne son feu vert à une condition: le coût de production du garde-temps doit être inférieur à 10 fr. Mission plus que réussie puisque, au final, il sera de 5 fr.<br><br>Pour Elmar Mock, «Thomke a été un vrai entrepreneur, un homme capable d'évaluer d'un coup d'oeil un projet et prêt à prendre les risques pour le faire aboutir. En tant qu'inventeurs, nous avons été le premier maillon, mais il a fallu sa volonté d'entrepreneur et la puissance industrielle dont il disposait pour que la Swatch existe.»<br><br>Trente ans plus tard, Elmar Mock constate que la mythique montre en plastique n'a pas pris une ride - «ce qui est plutôt exceptionnel pour un produit de consommation électronique». Reste toutefois un regret: «Nous voulions faire un produit de masse à même de concurrencer les horlogers asiatiques. En réalité, la Swatch est devenue une montre de luxe pas chère, et pas le produit horloger populaire dont nous rêvions. Dans ce sens, nous n'avons pas atteint l'objectif ultime que nous nous étions fixé.»<br><br>En effet, poursuit-il, sur le milliard de montres produites par an dans le monde, la Swatch n'en représente qu'une part minuscule: selon les statistiques de la FH (Fédération de l'industrie horlogère suisse), le nombre total de montres suisses exportées en 2008, toutes catégories confondues, dépassait à peine 26 mios de pièces.<br><br>D'ailleurs, poursuit-il, cette image de luxe accessible est tellement forte que le groupe a réuni toutes ses marques, y compris les plus prestigieuses comme Breguet ou Blancpain, sous la bannière Swatch en donnant au No 1 de l'horlogerie le nom de Swatch Group.<br><br>Aujourd'hui, Elmar Mock est à la tête de la société Creaholic qu'il a fondée en 1986. Conçue comme une boîte à idées destinée aux entreprises en quête d'innovation, elle s'est donné pour mission de développer des concepts novateurs dans les domaines les plus divers. /PHO<br><br><br><span style="font-weight: bold;">Un prix prestigieux</span><br><br>Le Prix Gaïa a été créé en 1993 par le conservateur et la direction du MIH en l’honneur de Maurice Ditisheim, un des premiers mécène du Musée. Cette distinction est remise à des personnalités de l’industrie, à des artisans et à des historiens, chercheurs et scientifiques. Elle symbolise la reconnaissance du MIH à l’apport que ces lauréats ont procuré à l’horlogerie, à son histoire et à sa culture. Le jury reconnaît trois catégories de distinctions: artisanatcréation; histoire-recherches, et esprit d’entreprise. /pho

Mots clés: Prix Gaïa 2010

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