Avec 10,59% du capital de Tornos, Walter Fust est devenu la semaine dernière le plus important actionnaire du fabricant prévôtois. Ce financier, qui a fondé la chaîne d'électroménagers qui porte son nom, est aussi un bon connaisseur du monde de la machine-outils. «Voilà 25 ans que je suis dans le secteur. Je préside ainsi le conseil d'administration du groupe StarragEckert dont je suis l'actionnaire majoritaire, avec 56% du capital», indique-t-il.
Comme Tornos, StarragEckert est un groupe actif dans le domaine de la construction de machines, plus précisément dans la fabrication de fraiseuses de haute précision. «Nous travaillons pour l'aéronautique, notamment pour les ailettes des réacteurs, mais aussi dans le domaine des turbines, en particulier des turbines à vapeur dont nous détenons 50% du marché mondial», explique-t-il. Et d'ajouter que le groupe a de grandes compétences dans le domaine de l'usinage du titane, un métal très difficile à travailler.
De par sa taille, le groupe StarragEckert est plus ou moins comparable à Tornos. A fin juin, il occupait environ 750 collaborateurs. Si le groupe a lui aussi été touché par la crise, il a toutefois nettement moins souffert que Tornos, précise Walter Fust. En 2009, son chiffre d'affaires a reculé de 17,7% (252,5 mios, contre 307 en 2008), mais la société est toujours restée profitable.
Il précise qu'il connaît bien Tornos, dont il était déjà actionnaire, et ses dirigeants, «aussi bien le président du conseil d'administration François Froté que Raymond Stauffer et Philippe Maquelin (respectivement directeurs général et financier, n.d.l.r.). C'est une entreprise qui fabrique des produits impeccables dont le monde a besoin.»
S'il a décidé d'augmenter sa participation, c'est, d'une part, parce qu'il pense que le fabricant est à l'aube d'une nouvelle période de croissance. D'autre part, il se dit persuadé que l'action Tornos est sous-évaluée et que sa valeur réelle se situe entre 12 et 18 fr., au lieu de 8 actuellement. «C'était donc le bon moment d'acheter.»
A propos de la stratégie du management de Tornos pendant la crise, Walter Fust estime qu'il a réagi de la meilleure des manières. En fait, poursuit-il, c'était la seule possible. «Tornos a en effet été confronté à une chute vertigineuse de ses entrées de commandes. C'était du jamais-vu! Le recours massif au chômage partiel était la seule façon de préserver l'outil industriel en vue de la reprise. D'autant que celle-ci pourrait être très forte et très rapide», souligne notre interlocuteur.
En tout cas, le principal actionnaire de Tornos se dit confiant pour l'avenir. «Le bilan ne m'inquiète pas. Certes, le groupe va encore essuyer une importante perte cette année, mais je suis déjà optimiste pour le quatrième trimestre, qui devrait être positif.» Une confiance qui se fonde sur la reprise d'activité dans plusieurs secteurs. A commencer par l'automobile et le médical, mais aussi l'horlogerie, qui devrait suivre prochainement.
En tant que plus important actionnaire de Tornos, compte-t-il exercer une influence sur la conduite des affaires du fabricant? Ainsi interpellé, Walter Fust assure que tel n'est pas son intention et qu'il fait pleinement confiance à l'équipe en place. Il note néanmoins que même si Tornos et StarragEckert sont actifs dans des secteurs d'activités différents, il y a peut-être des domaines où des synergies sont possibles.
Il souligne qu'à l'instar de StarragEckert, Tornos possède de solides compétences dans l'usinage de métaux difficiles à travailler comme le titane. En tout cas, notre interlocuteur reste confiant et estime que Tornos devrait vite renouer avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 300 mios de francs, et un profit net avoisinant les 25 mios de francs. /PHO
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