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Décès du professeur Jean Starobinski

Le critique littéraire Jean Starobinski s'est éteint

Le Genevois Jean Starobinski est décédé lundi à l'âge de 98 ans. Spécialiste de l'histoire des idées au 18e siècle, il a enseigné la littérature française ainsi que l'histoire des idées et celle de la médecine.

(ats) Jean Starobinski a été enterré dans l'intimité familiale mercredi, a indiqué à Keystone-ATS Martin Rueff, professeur au Département de langue et de littérature françaises modernes de l'Université de Genève, confirmant une information de la RTS. Il était né le 17 novembre 1920, à Genève, de parents juifs qui avaient quitté la Pologne pour étudier la médecine dans la Cité de Calvin.

En 1958, Jean Starobinski devient docteur ès lettres avec une thèse consacrée à Jean-Jacques Rousseau. Ses études en médecine puis sa formation en psychiatrie l'amènent à s'intéresser à la mélancolie, ce trouble de l'humeur décrit par les Grecs aujourd'hui appelé dépression. Il en fait l'objet d'une nouvelle thèse qui lui permet d'obtenir, en 1960, le titre de docteur en médecine.

Dès 1958, Jean Starobinski enseigne principalement la littérature française mais aussi l'histoire des idées et l'histoire de la médecine aux universités John Hopkins, à Baltimore (USA), de Genève, de Bâle, au Collège de France et à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Cet esprit brillant était affectueusement surnommé "Staro" par ses étudiants qui le voyaient comme un maître.

Jean Starobinski a mené son activité de critique littéraire pendant septante ans. Il a publié une trentaine de livres, traduits dans une cinquantaine de langues, et quelque 900 articles scientifiques, rappelle Martin Rueff. Il travaillait encore récemment sur un ouvrage d'histoire de la médecine, "Le corps et ses raisons", prévu pour le centenaire de sa naissance, en 2020.

"Ses convictions très fortes lui venaient de sa fréquentation des Lumières. Pour lui, la beauté, le savoir rend libre", relève le professeur, qui souligne sa capacité à être émerveillé constamment par les oeuvres, à se mettre à leur écoute, en étant à la fois proche et distant.

Sa thèse "Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l'obstacle" est devenue une référence en matière de critique littéraire, à l'instar de "L'Oeil vivant" (1961), de "La Relation critique" (1970) ou encore de "Montaigne en mouvement" (1982). Jusqu'en 1985, année où il a pris sa retraite, le professeur a fait rayonner "l'Ecole de Genève" à travers le monde, à la suite de Marcel Raymond.

En 2010, contraint de quitter son appartement proche de l'Université de Genève, Jean Starobinski a offert sa bibliothèque personnelle aux Archives littéraires suisses de la Bibliothèque nationale. Plus de 40'000 livres ont ainsi rejoint le fonds Jean Starobinski, créé en 2003, qui réunit l'ensemble de ses manuscrits, de ses notes et de sa correspondance.

Jean Starobinski a reçu de nombreuses distinctions, dont le Prix de la Fondation pour Genève, en 2010. A cette occasion, l'historien français Pierre Nora le décrivait comme un humaniste européen, un intellectuel indépendant dans sa démarche et familier avec tous les genres - littérature, beaux-arts et musique. Son dernier livre, en 2016, s'intitulait justement "La beauté du monde: la littérature et les arts".

L'annonce du décès de l'intellectuel a vite dépassé les frontières. En soirée, le président français Emmanuel Macron a tweeté: "Citoyen suisse, esprit universel, Jean Starobinski nous aura fait entrer plus avant dans la littérature et les arts, et aura servi la culture française. C’est là un représentant éminent de l’Europe de la culture qui nous quitte, celle qui nous rassemble et nous rend plus humains".

En Suisse, c'est la Bibliothèque nationale qui a tweeté: "Un esprit universel s’est éteint. La Bibliothèque nationale suisse et les Archives littéraires suisses s’efforceront de cultiver et de faire vivre l’œuvre de Jean Starobinski à travers le fonds qu’il a choisi de leur léguer".

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