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Courses de Bienne

Une pointure italienne sur les talons du roi Rolf

L’Italien Hermann Achmüller sera l’attraction principale de la 60e édition des 100 Km. Mais sa venue n’effraie pas Rolf Thallinger, vainqueur en 2017 et qui espère bien remettre ça cette année.

Déjà classé cinq fois sur le podium mais jamais tout devant, Rolf Thallinger avait vaincu le signe indien l’année dernière (Copyright Matthias Käser / Le Journal du Jura)

Christian Kobi

Victorieux pour la première fois des 100 Km des Courses de Bienne l’année dernière, Rolf Thallinger le sait: il n’est pas le principal favori à sa propre succession. «Sur le papier, le grand favori de cette année se nomme Hermann Achmüller», lâche l’athlète seelandais de 49 ans. Hermann comment, vous dites? «Achmüller», reprend Tallinger. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais l’Italien de 47 ans est une pointure dans le petit monde de la course à pied.

Spécialiste du marathon (il en a couru une centaine durant sa carrière), le natif de Bruneck, dans le Tyrol du Sud, s’est mis aux courses longues distances il y a cinq ans. Avec un certain succès, puisqu’il a bouclé son premier hectokilomètre sous les 7h, avant de remporter la médaille d’argent lors des championnats du monde des 100 km par équipes, en 2015 aux Pays-Bas. Entre autres. «Je ne connais pas ses ambitions pour ce week-end, mais s’il court à fond il sera sur une autre planète que les autres», croit savoir Thallinger.
 
Une histoire propre
Malgré cette concurrence tout droit venue du cosmos, l’enfant de Büren ne part pas battu d’avance. Loin s’en faut. «Les 100 Km de Bienne ont leur propre histoire, une histoire que je connais plutôt bien depuis le temps», lance celui qui prendra le départ de la mythique course biennoise pour la treizième fois. Il étaye son propos: «Contrairement à d’autres courses, ici le parcours n’est pas tout à fait plat. Il y a quelques bosses ci et là qui peuvent surprendre les coureurs qui participent à l’épreuve pour la première fois (réd: ce qui sera le cas d’Achmüller). Et puis, le fait que la course se déroule de nuit n’est pas non plus facile à gérer pour tout le monde.»

Deuxième l’année dernière derrière Thallinger, Fabe Downs avait d’ailleurs moyennement apprécié son flirt avec l’obscurité. «C’est difficile de courir dans la nuit. J’aurais dû m’entraîner d’avantage en soirée. C’est peut-être la course la plus difficile à laquelle j’ai participé», avait déclaré le Saint-Gallois une fois la ligne d’arrivée franchie. A tel point qu’il a décidé de ne pas renouveler l’expérience cette année, son nom ne figurant jusqu’ici pas parmi les coureurs inscrits...

Comme à la maison
Le terrain bosselé, les conditions nocturnes, tout ça, Thallinger connaît. «Ce matin (réd: mardi), en me rendant au travail à vélo à Ittigen, j’ai fait un bout de chemin sur le parcours de la course», s’amuse le résidant d’Utzenstorf, bourgade emmentaloise justement située sur le tracé des 100 «Kils». «Au kilomètre 62», précise l’athlète, qui apprécie particulièrement de courir dans son jardin. «La course passe presque sous mes fenêtres et traverse plusieurs villages qui me sont chers. Pendant un effort aussi long, on passe par un tas de phases positives et négatives. Quand je suis dans un creux, c’est précieux de pouvoir me raccrocher à des endroits que je connais comme ma poche», confie-t-il.

L’année dernière, le futur vainqueur avait un moment accusé jusqu’à 11 minutes de retard sur Downs. Mais jamais il n’avait paniqué. «Une course comme celle-là, elle se gagne surtout dans la tête», dévoile-t-il. «Même si je voyais que l’écart se creusait, j’ai continué de suivre mon plan de course.»

Son épopée, il l’a bouclée avec la régularité d’un métronome, sous les 7h30 (7h28’41). «Ce n’était pas mon meilleur temps (réd: il avait réalisé 7h19’40 en 2012), mais sûrement ma meilleure gestion sur le plan tactique. Contrairement aux autres années, j’avais décidé de courir plus tranquillement jusqu’au 50e kilomètre, avant d’accélérer progressivement.» Bingo!

Unique au monde
Une tactique qu’il renouvellera sans doute cette année, vu le succès rencontré. «Oui, mais j’ai plusieurs scénarios en tête», coupe celui qui tenait à tout prix à venir défendre son titre. «Pour moi, cette course est unique au monde! Et en plus c’est la 60e édition.» Il compte bien à nouveau frapper un grand coup. «Il faudra courir sous les 7h30’ pour monter sur le podium. C’est mon objectif. Ce que font les autres, je ne m’en préoccupe pas.» Ah, l’expérience!
 

Eggenschwiler, Klotz et les autres parmi les outsiders

L’épreuve reine des Courses de Bienne pourrait bien ne pas se limiter à un duel entre le vainqueur de l’année dernière, le Seelandais Rolf Thallinger, et le nouveau venu italien Hermann Achmüller. Plusieurs autres coureurs ont en effet les capacités pour venir se mêler à la lutte pour la victoire finale, à commencer par Bernhard Eggenschwiler. Le Soleurois avait bouclé les 100 Km en un temps de rêve en 2015, soit 7h02’42, qui lui avait permis de monter sur la plus haute marche du podium. Autre athlète bien connu dans la région, Matthias Klotz sera, lui, au départ des 100«Kiles» pour la douzième fois. Victime d’une défaillance l’an dernier, le Biennois de 46 ans est un occupant régulier du top-10.

Même si les deux poursuivants de Thallinger l’année dernière (le Saint-Gallois Fabe Downs et l’Allemand Carsten Stegner) ne seront pas là, on retrouve tout de même sur la liste de départ six des 10 premiers classés de 2017, dont le Bernois Matthias Christen (4e) et l’Uranais Andreas Camenzind (5e). «Je pense que cinq à six coureurs sont en mesure de s’imposer cette année, déclare Jabob Etter, président de l’organisation des Courses de Bienne jusqu’à l’année dernière et désormais en charge du secteur sécurité et durabilité. A titre personnel, l’ancien patron miserait volontiers une pièce sur le Fribourgeois Marco Witzel (34 ans), 9e l’an dernier sur les routes du Seeland . «Je crois savoir qu’il s’est bien entraîné et qu’il est en bonne forme», lâche Etter.

Sauf surprise de dernière minute (les inscriptions peuvent se faire jusqu’à deux heures avant le départ), aucun représentant du Jura bernois ne sera présent aux avant-postes. Le meilleur d’entre eux devrait à nouveau être l’inusable tavannois Willy Bartlome (61 ans), dont il s’agira du 28e départ.
 

Une course très ouverte chez les dames

En l’absence de la lauréate de 2017, la Grisonne Ornella Poltéra, et de plusieurs de ses poursuivantes, il apparaît difficile de désigner une favorite chez les dames. «La course s’annonce très ouverte», ose Jakob Etter. «Il y a passablement d’Allemandes inscrites sur lesquelles nous avons peu d’informations. On va se laisser surprendre.» Quatre membres du top-10 de l’année dernière seront au départ, dont la mieux classée était la Vaudoise Virginie Bagnoud (5e).

L’incertitude qui règne chez les dames sera peut-être l’occasion pour les deux meilleures régionales, les Biennoises Adriana Granitto (17e en 2017, 11e en 2016) et Karin Franscescutto (12e en 2016), de s’illustrer encore davantage.

A moins d’une surprise de dernière minute? «Lundi, Sandra Roulet Romy a fait ses débuts au Grand Conseil, où je siège également», s’amuse Etter. «Elle m’a dit qu’elle allait s’inscrire au dernier moment, mais elle ne sait pas encore sur quelle distance.» En 2016, l’athlète de Malleray avait créé une énorme surprise en s’adjugeant les 100 Km pour son premier essai. Elle avait dû renoncer l’année dernière en raison d’une blessure à une hanche.

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