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Inline hockey

L’écrin dont Bienne rêve, Rossemaison le possède

Adversaire des Bienne Seelanders ce mercredi, Rossemaison a inauguré son Forum Biwi il y a deux ans. Pas mal de choses ont changé depuis pour le club jurassien.

Depuis deux ans, le Forum Biwi est la nouvelle maison du SHC Rossemaison (photo Bist)

Christian Kobi

C'est une tendance qui se dessine depuis plusieurs années: le inline hockey, aujourd’hui et surtout demain, se jouera en salle. Les terrains en plein air, comme ceux des Bienne Seelanders au Marais de Mâche et de Bienne Skater90 au Sahligut, sont appelés à disparaître. Les dirigeants des deux clubs biennois l’ont bien compris, eux qui planchent avec la Ville de Bienne sur un projet de halle commune aux Champs-de-Boujean (voir ci-dessous).

Mais pour ces clubs amateurs gérés par des bénévoles, le passage à la salle représente un véritable défi. Prenez le cas du SHC Rossemaison, à qui les Seelanders rendent visite ce soir: depuis l’ouverture en avril 2016 de son nouveau temple, le Forum Biwi, le club jurassien a vu son budget doubler, passant de 100 000 à 200 000 francs, les cotisations de ses membres tripler et la charge de travail de ses dirigeants passablement augmenter. «C’est vrai, beaucoup de choses ont changé pour nous depuis deux ans», confirme Pascal Turberg, président depuis 20 ans d’un club qu’il a lui-même fondé, avec d’autres amis d’enfance, en 1984.

Des charges à assumer
Pour autant, le président assure que le jeu en vaut la chandelle. A condition que tout le monde tire à la même corde, ce qui est assurément le cas dans ce village de 630 habitants niché à quelques kilomètres de Delémont et qui voue une véritable passion au inline hockey. «Durant la phase de construction, les membres actifs ou passifs ont réalisé jusqu’à 5000 heures de travaux propres», déclare Pascal Turberg. Parents de joueurs de tous corps de métiers, amis, connaissances, à Rossemaison, tout le monde a mis la main à la pâte pour offrir au club local son nouvel écrin, devisé à  2,7 millions de francs.

Cet élan de solidarité a permis de fortement réduire les coûts pour la commune, propriétaire de la salle. Le SHC Rossemaison, lui, en est le gestionnaire et le locataire principal. «Nous assumons toutes les charges, qui se montent à quelque 100 000 francs par année», révèle Pascal Turberg.

Pour les amortir, le club a notamment dû tripler les cotisations des membres. «Mais cela ne change pas grand-chose pour le joueur, puisque son matériel s’use beaucoup moins rapidement à l’intérieur», argumente le président. Un club de soutien, qui finance environ un quart des charges annuelles, a aussi été créé alors que parallèlement les recettes de la buvette ont explosé. «Le confort a été nettement amélioré et nous ne sommes désormais plus tributaires de la météo. De ce fait, je dirais que le nombre de spectateurs présents aux matches a doublé, voire triplé, depuis que nous jouons en salle», se félicite Pascal Turberg.

Il n’est ainsi pas rare que lors de certains matches, l’équivalent de la population se déplace dans la tribune surplombant l’arène. «Nous faisons clairement partie de la vie du village», juge le président.

Une vitrine européenne
Mais pour le SHC Rossemaison, le Forum Biwi est aussi l’occasion d’organiser des tournois internationaux chez lui, et non plus à la patinoire de Delémont comme auparavant. Cette année, le club jurassien accueillera deux événements majeurs dans son antre: la Coupe d’Europe des clubs champions actifs, la compétition reine des Coupes d’Europe, entre le 28 juin et le 1erjuillet, et la Coupe des Nations fin novembre.

«Ce sera la première fois que les équipes nationales d’inline hockey se produiront dans le Jura lors d’une compétition internationale», note Pascal Turberg, qui précise que l’organisation de ces tournois permet surtout de financer les voyages d’autres équipes du club à l’étranger. «Cinq d’entre elles partent à l’étranger cette année. Pour équilibrer le budget, il est vital pour nous d’organiser au moins une grande compétition par saison.»

Autre source de revenus intéressante pour le SHCRossemaison: la location de la salle à des tiers. Ce sera par exemple le cas ce vendredi pour un match de volleyball entre l’équipe de Suisse dames et le Kosovo. Et puis il y a les camps des équipes de inline hockey durant la «froide» saison. Une option choisie à l’une ou l’autre reprise par les Seelanders, qui ont maintes fois dû rêver de posséder un tel bijou...
 

Vincent Monbaron: «Dehors ou dedans, ce n’est pas vraiment le même sport»

Avec trois équipes de LNA sur dix qui jouent en salle (Givisiez, Rossemaison et Sayluca) et plusieurs autres qui envisagent sérieusement de s’y mettre, le inline hockey est à la croisée des chemins. «Dehors ou dedans, ce n’est pas vraiment le même sport», assure Vincent Monbaron, attaquant des Bienne Seelanders depuis bientôt deux décennies. «En salle, tout est plus précis et tout va plus vite, alors que dehors, on glisse plus facilement et la balle saute davantage. De plus, des facteurs comme la pluie ou le froid peuvent rendre le jeu vraiment difficile.»

Le Biennois de 34 ans ne s’en cache pas: il préfère nettement le jeu rapide et spectaculaire de la salle. «A l’intérieur, on peut mettre des roues molles afin de mieux ‹crocher›. Il est possible d’appuyer sur les carres, de freiner de manière très sèche, les sensations sont presque les mêmes que sur la glace. La canne qu’on utilise est aussi plus légère, ce qui permet d’être plus précis dans les tirs et plus fluide dans les mouvements.»

Conséquence des caprices de la météo et des terrains externes plus austères, les coûts du matériel ont tendance à exploser à l’air libre. «Je dois changer mes roues une fois par mois, ma palette deux fois par mois et mes patins chaque saison. En salle, les coûts sont trois fois moins élevés», estime Monbaron.

Un écart qui ne cesse de se creuser
L’ancien capitaine des résidents du Marais de Mâche est catégorique: «Si rien ne se passe au niveau de la salle, notre club n’a aucun avenir en LNA. On le voit aujourd’hui en regardant le classement, les trois premiers jouent en indoor. Ce n’est pas un hasard selon moi et l’écart ne va faire que se creuser au fil des années.»

S’ils veulent décrocher le titre, comme entre 2014 et 2016, les Biennois savent qu’ils sont quasiment contraints de terminer la saison régulière à la première place pour bénéficier de l’avantage du terrain lors des séries. Cela semble mal emmanché cette saison. «On a connu quelques soucis durant la préparation, notamment à cause de la météo qui nous a pas mal retardés. Mais les choses se mettent gentiment en place. Et paradoxalement, nous sommes presque meilleurs en salle qu’en extérieur. Nous possédons un groupe qui aime jouer sur sa vitesse.»
 

A Bienne, un travail de concert
A Bienne, le projet d’une halle destinée au inline hockey aux Champs-de-Boujean suit son cours (Le JdJ du 28 avril). Il se fait de concert entre les deux clubs concernés (Bienne Skater 90 et les Bienne Seelanders, qui ont fusionné leur mouvement juniors en début d’année) et la Ville. Deux chantiers prioritaires sont en travaux: l’établissement d’un «business plan» permettant l’élaboration d’une stratégie d’investissement et la constitution d’un organe juridique (association, coopérative, etc.) pour porter le projet. Les premiers résultats pourraient être présentés au Conseil municipal cet été.

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