Vernissage à Tramelan 20.06.10 11:55 Galerie

Houriet dédicace son livre

Comme sa vie est un roman, il a décidé de l'écrire, Guillaume-Albert Houriet. Imprécateur antiséparatiste, radical bakouninien, kémaliste intransigeant, il a fait, plus souvent qu'à son tour, la une des presses suisse et turque. A Tramelan, le vernissage de "Une vie banale" a connu un beau succés.




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Pierre-Alain Brenzikofer

Héros pour les uns, zozo pour les autres, cet érudit atypique a en effet attiré une foule de personnages représentatifs de ses nombreuses vies. De Chantal Bornoz Flück, présidente sortante du Grand Conseil, à Urs Wenger, régisseur de Couleur 3, de nombreuses personnalités avaient fait le déplacement. L’autobiographie de Guillaume-Albert Houriet est en vente à Tramelan, à l’Imprimerie de la Baleine, à la librairie Tschan et au kiosque de la Place, ainsi qu'au kiosque de la Gare de Sonceboz.





Tête de Turc, homme de coeur


Comme sa vie est un roman, il a décidé de l'écrire, Guillaume-Albert Houriet. Imprécateur antiséparatiste, radical bakouninien, kémaliste intransigeant, il a fait, plus souvent qu'à son tour, la une des presses suisse et turque. Héros pour les uns, zozo pour les autres, cet érudit atypique fait cohabiter comme personne l'existence et l'essence.

De lui, les gens ne connaissent finalement que quelques bribes de clichés. Allusion au tribun pro-Bernois franc-tireur, au chef du Groupe Sanglier, au député radical guerroyant pour la crème fraîche dans les métairies. A l'homme meurtri par deux attentats séparatistes à la bombe et au fusil contre ses biens. Voire, pour les plus érudits, au kémaliste pourfendeur de l'islamisme galopant en Turquie. Et qui, s'il n'y prend garde, pourrait bien se retrouver derrière de solides barreaux sur les rives du Bosphore aux côtés d'Öcallan.

Voilà pour la surface. Mais sait-on qu'Houriet, peut-être à cause de ce père conseiller national popiste en terre vaudoise et baroudeur un peu fou, est un avaleur de pays pourris? Un tropical tramp qui, tels les beatniks des années folles, a tout vu, tout vécu, tout parcouru. Avec 20 balles en poche.

Cette épopée, il a décidé de l'écrire. «Une vie banale» vaut bien la saga de grands aventuriers mille fois plus cotés. Idée subite, lente maturation? Il faut savoir qu'Houriet est un raconteur: «En Turquie, des potes que j'abreuvais d'histoires m'ont conseillé de les écrire. Et puis, j'aurai 50 ans en août. Comme je ne pourrai pas inviter toutes mes connaissances en Turquie, j'ai choisi ce moyen. Surtout, j'avais envie de me livrer à un exercice de mémoire.»

Pour l'anecdote, le livre a été écrit à la main. En Turquie et en 800 heures environ sur des terrasses de bistrot. «Je suis comme ces poètes maudits qui doivent voir passer le monde, rigole-t-il. Impensable pour moi de me calfeutrer dans une chambre et sur un ordi...»

Et ce titre! Provoc, forcément. «Si j'avais écrit "Une vie passionnante", ça aurait fait hypergonflé. Pablo Neruda a dit un jour: "J'avoue que j'ai vécu". Il me bat d'un bon bout.» Forcément, on lui a demandé si ce côté baroudeur était dû à l'enfance, au père. «Ça joue un rôle, c'est sûr. Après, tout dépend de la personnalité. Mes trois soeurs sont très casanières et me prennent pour un fou. Cette vie, je l'ai subie autant que souhaitée. C'est un peu un engrenage. Entre rencontres et découvertes, tout s'enchaîne. Mais cette manière d'exister était aussi celle d'une époque.»

Houriet, surtout, a côtoyé des grands de ce monde, des princesses et des vrais terroristes. De quoi disjoncter? Comme il l'avoue, il se sent aussi à l'aise avec une personnalité qu'avec le quidam: «Je n'ai jamais fait de différence. Ça m'a desservi en politique. Mais ça rend la vie jolie.»

La politique, la Question jurassienne, il n'en a pas trop parlé dans son bouquin. «Pourtant, tout petit, j'ai été fasciné par la politique qui est une drogue. Et je ne suis pas encore sevré.»

Les regrets, dans tout ça? On sait que l'attentat à la bombe contre sa maison l'a marqué...

«Bon, il faut être honnête, il y a toujours des regrets. Des choix, des amours et des moments de vie qu'on remet en question. Mais si je devais calculer, j'aime bien ma vie!»

Les attentats, c'est autre chose! «Ça ne s'oublie jamais. Au fond de moi, je pense avoir pardonné. Mais oublier? Inconsciemment, j'ai parfois des poussées de colère. Je dois me raisonner pour pardonner.»

Un mot sur ces radicaux en perdition? «Au plus profond de moi-même, je me sens radical. Atypique? C'est la faute au parti qui est devenu ce qu'il est! C'est lui qui a changé, pas moi. Et il le paye au prix fort. Delamuraz était aussi atypique que moi.» Solidarité vaudoise? Voguons vers la Turquie, où il passe la moitié de son existence. «Il y a comme ça des endroits sur la Terre où on se plaît. Pour moi, c'est Tramelan et un petit village sur l'Egée, Sigacik.» Il s'y rend depuis 35 ans, séduit par la gentillesse des gens et la diversité culturelle. «Et certaines amours», glisse-t-il. Hélas, pour cause de politique, cette Turquie-là s'éloigne. «Cette volonté de se rapprocher de l'Europe, de céder aux USA en jouant la carte islamiste pour mieux diviser le monde...» Houriet aimait la noblesse de pensée d'Atatürk, son respect de l'autre et de la laïcité, de partage équitable des richesses du pays. «Il n'était ni communiste, ni ultralibéral. Quand je vois tout ce que le gouvernement actuel s'acharne à détruire. Las, Atatürk n'a jamais eu d'héritier.»

Houriet dans le futur? Eh bien, il dit avoir toujours des rêves en Turquie. Jure de ne jamais oublier amis et idéaux. «L'avenir sera ce qu'il sera», lâche ce fataliste. Et le mènera peut-être à écrire un deuxième bouquin. «Surtout pas sur la Question jurassienne. Il y en a assez eu...»

Certains doivent respirer plus sereinement! /PABR


Il a certes dansé avec les Ours, mais surtout avec Gudrun Eslin, le Guillaume


Plus on le connaît, et plus le Guillaume, comme tout le monde le désigne, demeure une énigme. Notez que le plus Vaudois des Bernois - ou est-ce l'inverse? - a quelques solides circonstances atténuantes. Etre le fils d'un conseiller national popiste aussi à l'aise chez Force démocratique que chez Tito, vous admettrez que ça laisse des traces. Oui, n'en déplaise à ses détracteurs, Guillaume-Albert Houriet, petit-neveu de Virgile Rossel, a tracé un sacré sillon.

Quand il était encore bambin, son furieux de père ne choisit-il pas d'emmener toute la famille en Afghanistan au volant d'une DKV? Coincé à l'arrière de cette minuscule bagnole entre ses trois soeurs, il avait déjà de quoi se sentir à l'étroit. C'était compter sans son géniteur, pro-Bernois pur plantigrade, qui choisit de ramener un ours de ce périple fou. Las, en Turquie, sur le sinueux chemin du retour, l'auguste progéniture n'en pouvait plus d'éviter les coups de pattes de la bête. Renouant tardivement avec la lucidité, papa décida que, décidément, la cohabitation avec le fauve ne permettrait pas de rallier la placide Helvétie. Tout de go, il fit demi-tour pour ramener la bête: Afghanistan, nous revoilà! Non, ça ne s'invente pas... Est-ce depuis lors que le Guillaume est devenu cet intrépide bourlingueur, ralliant les contrées les plus pourries avec vingt balles en poche? En français, on appelle ça voir du pays. Sans pour autant savoir ce que cela implique réellement...

Plus près de chez nous, les antiséparatistes apprirent rapidement à apprécier la verve et l'accent vaudois, un brin aristocratique, de cet orateur hors pair. De quoi en faire, contre quelques solides vents et quelques traîtresses marées, un gouailleur président du Groupe Sanglier et un député radical on ne peut plus atypique. Diable! pendant que ses collègues parlementaires bataillaient pour les routes et l'économie de marché, Houriet intervenait pour sauver la tombe de Bakounine au cimetière de Berne quand il ne baroudait pas pour la sauvegarde de la crème fraîche dans les métairies.

Fou furieux, iconoclaste, rebelle? Il y a un peu de tout cela chez ce pacifiste convaincu. Mais, à force de faire le pitre - il y gagna certes un électorat -, sa crédibilité en prit souvent un coup chez les bien-pensants et les intellectuels, élites autoconsacrées sachant tout juste que la Terre est ronde. Houriet, lui, l'a arpentée de long en large. Y compris dans son incroyable bibliothèque qui a quelque chose d'Alexandrie, Alexandra. «Radovan Karadzic possédait, lui aussi, une belle bibliothèque», nous asséna un jour une passionaria gaucho-autonomiste. On a les ennemis qu'on mérite...

Bon, il est parfois excessif, le Guillaume. Evoquez les Kurdes ou les Arméniens et ce vieux jeune kémaliste se muera aussitôt en derviche tourneur. Personne n'est parfait. Certes, il peut se montrer un peu sang bleu quand il cite ses amitiés avec la fille du roi Farouk - ou était-ce la nièce du shah d'Iran? -, le conseiller personnel de Madame Thatcher et autres célébrités dont les âmes simples ne connaissent même pas le nom. Mais quand feu Bourguiba vous a mis la main dans les cheveux et que, gamin, vous avez dansé avec Gudrun Eslin, de la Bande à Baader, vous avez quelques excuses.

Au fond de lui, Houriet est un exilé. Politique ou non. Quand il sévit en Turquie, il fait la une de la presse nationale. N'est-il pas devenu un des plus farouches opposants au régime islamiste? Reste qu'à Ankara, il ne rêve que de Tramelan. Et inversement. Un beatnik, en quelque sorte. Mais un homme de goût, qualité rare généralement dévolue à nos compagnes. Ainsi ce décorateur hors pair a-t-il exercé son art dans de nombreuses boîtes turques. Se permettra-t-on d'ajouter que le talent vaut parfois tous ces diplômes trop souvent érigés en bastion de la médiocrité?

La Question jurassienne, dans tout ça? Quand il tient le bar des Savagnières, l'hiver, il ne compte plus les anciens adversaires qui l'abreuvent de compliments. Preuve que certaines personnes gagnent véritablement à être connues. C'est que, tout en restant ferme sur ses principes, il n'a jamais refusé le dialogue. Ne fut-il pas le premier «groin» à accepter de s'en aller débattre à Delémont? Bien sûr, il y a eu la bombe. Les attentats contre sa maison. Houriet n'a jamais pu oublier. Parce que, depuis lors, dit-il, il dort mal la nuit. Est-ce pour cette raison que son mode de vie le mène inéluctablement et plus souvent que de raison au bout de toutes les nuits?

Au fait, saviez-vous que feu Roland Béguelin, le plus grand orateur que cette région tourmentée ait connu, a toujours refusé de débattre avec lui?

Quelle vie! aimaient à s'exclamer nos grand-mères. Pour stimuler sa mémoire, Houriet a décidé d'écrire son existence. Façon comme une autre de nous renvoyer à notre propre routine. Ou oserait-on dire notre propre insignifiance?

Osons... (pabr)



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