Editorial 05.05.09 12:56

L’exercice d’équilibrisme de l’AIJ





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Béat Grossenbacher

L’Assemblée interjurassienne n’a pas trouvé la solution miracle susceptible de régler la Question jurassienne. Rien de surprenant à cela. Dès l’instant où il fallait la double majorité des délégations bernoise et jurassienne pour entériner le rapport final, celui-ci ne pouvait que prendre des accents consensuels.

Reste que le document présenté hier est loin d’être vidé de toute substance. Il offre au contraire une qualité de réflexion et d’analyse qu’il faut reconnaître à ses auteurs. Tout est dit prudemment, mais aucune difficulté n’est éludée. Que ce soit pour le cas de Bienne ou encore la perspective d’une entité cantonale de l’Arc jurassien, des embryons de propositions sont bel et bien formulés.

L’AIJ exprime certes une préférence pour la création d’une nouvelle entité cantonale à six communes, car c’est une solution novatrice, financièrement viable et qui de facto supprime tous les obstacles aux institutions communes, les deux Juras ne faisant plus qu’un. Mais, réaliste, elle sait que ce scénario va se heurter à des résistances quasi insurmontables. Dès lors, l’AIJ n’écarte pas la piste d’un statu quo sensiblement amélioré, tout en reconnaissant avec lucidité qu’«aucune des deux solutions ne s’impose politiquement comme allant de soi».

C’est bien là que réside le nœud du problème, et le rapport de minorité en est la preuve: l’Accord du 25 mars 1994 a favorisé une dynamique de dialogue, mais les fronts idéologiques, eux, sont restés figés. L’AIJ ne le sait que trop bien. Rappelant les vertus d’un échange qu’elle entend pérenniser, elle propose ainsi de mener elle-même une phase interactive d’information auprès des populations et des institutions concernées. Pour faire passer quel message? Pour aboutir à quoi? Cela reste flou.

En attendant, la balle est dans le camp des gouvernements bernois et jurassien. Il leur appartient de statuer sur le sort de l’AIJ et de son rapport, dans l’esprit des engagements pris en mars 1994. Pas une mince affaire, tant les attentes sont contradictoires. A cet effet, l’AIJ a raison de rappeler que «toute démarche unilatérale pourrait être fatale au dialogue interjurassien». Cette déclaration est primordiale, car dans le Jura bernois en tout cas, une grande majorité de la population aspire à la paix.

La prise de position ferme de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, hier à Moutier, à propos des pressions auxquelles le Jura bernois est confronté – certes plus amicales qu’autrefois, mais toujours aussi insistantes – n’est elle aussi pas passée inaperçue!

Puisse ce message-là au moins être reçu cinq sur cinq! C’est la condition sine qua non pour passer à l’étape suivante: la définition du projet d’avenir que souhaite se donner chacune des deux régions, dans le strict respect des fondements d’un modèle démocratique.



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