Rapport final de l'AIJ 04.05.09 10:00 Galerie

L'AIJ remet son rapport final sur l'avenir des deux Juras

Jour J pour l'Assemblée interjurassienne. Depuis ce matin à 10 heures, elle est réunie à Moutier pour la remise de ses conclusions sur l'avenir institutionnel du Jura bernois et du canton du Jura aux deux gouvernements cantonaux et à la Confédération, représentée en Prévôté par Eveline Widmer-Schlumpf.



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Des trois pistes qu'elle a comparées au cours des derniers mois, l'AIJ arrive à la conclusion qu'un nouveau canton à six communes représente l'option la plus prometteuse. Elle laisse néanmoins la porte ouverte à l'option statu quo+, écartant par contre la solution du statu quo.

Vu la nature essentiellement politique et émotionnelle du dossier institutionnel interjurassien et sa complexité, souligne l'AIJ dans son rapport final, ce serait faire preuve de fatuité que de produire une conclusion univoque et péremptoire selon laquelle telle ou telle piste serait la seule forme institutionnelle à considérer pour la région interjurassienne.

"La solution politique au conflit jurassien réside dans la capacité des deux régions à respecter leurs spécificités, peut-on lire dans le rapport, à poursuivre le dialogue interjurassien et à mener un débat démocratique ouvert et serein sur l'avenir de la communauté interjurassienne. Par leur contribution au débat public et leur sanction démocratique, c'est-à-dire un vote populaire, les citoyens des deux régions apporteront d'eux-mêmes une solution politique au conflit jurassien."

Soucieuse de placer la poursuite du dialogue sous le signe du respect et de la tolérance, l'AIJ propose en annexe de son rapport final une charte interjurassienne dans laquelle les parties s'engagent à respecter les principes démocratiques fondamentaux dans un esprit d'ouverture et de tolérance.

En conclusion, l'AIJ propose une démarche en trois phases: information interactive à l'échelle interjurassienne confiée à l'AIJ; dépôt d^'un rapport auprès de la Conférence tripartite sur le déroulement de la phase d'information interactive; enfin, les deux gouvernements décident, sous l'égide de la Confédération, de la suite à donner aux propositions de l'AIJ. "Ils apprécieront en temps voulu l'opportunité et les modalités d'une éventuelle consultation populaire."

Dans ses considérations personnelles, le président de l'AIJ, l'ancien conseiller d'Etat valaisan Serge Sierro, insiste sur un rapport final empreint de nuances et fruit du consensus. "Beaucoup de gens attendaient de l'AIJ qu'elle présente une piste ou l'autre piste comme étant LA solution à la Question jurassienne, a-t-il insisté. Ce qu'elle ne saurait faire; ce serait un manque d'intelligence et de sagesse. (...) Personne ne peut prétendre régler la Question jurassienne par une solution  toute faite, ni par une solution d'experts." Le président a admis que "des efforts doivent encore être faits au niveau du respect". Ainsi, "aucune des deux parties ne peut décréter ce qui est bon pour l'autre".

Président de la délégation bernoise, Claude Röthlisberger ne s'est exprimé ni sur le contenu du rapport final, ni sur celui du rapport de minorité dont il est lui-même signataire. "Moi, je constate que le temps passe, que les personnalités s'en vont, que la Birse n'en finit pas de couler et que seule la Question jurassienne demeure, a-t-il lancé. (...) L'avenir nous dira s'il s'agit de la pierre angulaire d'un grand édifice ou si elle est appelée à disparaître dans l'oubli et l'indifférence générale." Claude Röthlisberger estime que "la délégation bernoise à l'AIJ a travaillé avec sérieux et honnêteté".

De son côté, Hubert Ackermann, président de la délégation jurassienne, a regretté les préjugés tenaces qui continuent à persister d'un côté et de l'autre de la frontière qui sépare le canton du Jura et le Jura bernois. "Nous invitons tous les Jurassiens à rechercher ce qui les unit plutôt que de stigmatiser les différences", a-t-il souligné. Avec la délégation jurassienne, il est convaincu que les solutions ne sont envisageables que dans un contexte de gagnant/gagnant. "Nous le disons clairement, a-t-il conclu, le statu quo n'est pas une solution envisageable à terme. (...) La porte ouverte sur l'avenir est assez large pour que chacun puisse y passer sans se bousculer. Au-delà du seuil, l'horizon sera celui que le peuple jurassien dans son ensemble aura librement choisi par un vote populaire."

A 10h55 précises, sous le crépitement des appareils des photogaphes, Serge Sierro remet  le rapport final à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, à la ministre jurassienne Elisabeth Baume-Schneider et au conseiller d'Etat bernois Philippe Perrenoud.

Dans la foulée, Philippe Perrenoud a souligné que le Conseil exécutif bernois considère que "dans le cadre du mandat qui lui a été attribué, l'AIJ a préparé des bases de discussion intéressantes". Les deux gouvernements se sont donné six mois pour se consulter sur les suites à donner au rapport final, a-t-il précisé. "Le moment n'est donc pas encore venu de prendre position sur les conclusions et recommandations de l'AIJ." Le conseilelr d'Etat bernois n'a pas exclu la demande d'études complémentaires, au vu notamment de la situation économique et financière actuelle. Il a par ailleurs rappelé que le gouvernement bernois n'a à aucun moment pris l'engagement de "consulter de toute manière la population".

Elisabeth Baume-Schneider, elle, a rappelé en préambule que le
Gouvernement jurassien n'a jamais fait mystère de sa volonté politique
de reconstituer l'unité du Jura.  "Au vu de ces considération, a-t-elle
expliqué à la tribune, le gouvernement prend connaissance avec une
grande satisfaction des pistes proposées par l'étude de l'AIJ. Il salue
l'audace et la qualité des hypothèses et réflexions" émises par l'AIJ.
Tout en prenant acte du rapport, le Gouvernement jurassien souhaite
pourvoir parvenir avec le Conseil exécutif à une très rapide
détermination sur la demande de l'AIJ de pouvoir organiser des séances
d'information interactives afin de présenter son rapport et d'ouvrir la
réflexion." Mais, Elisabeth Baume-Schneider a d'ores et déjà tenu à
souligner le fait que "le délai maximal de 18 mois sollicité est trop
long". Concernant les discussions publiques à propos du projet de
fusion des cantons de Neuchâtel, du Jura ainsi que du Jura bernois, la
ministre et le Gouvernement jurassien estiment qu'actuellement il y a
lieu de privilégier le débat entre les signataires de l'accord du 25
mars 1994.

La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a félicité l'AIJ pour avoir su établir un lieu où le dialogue s'est imposé. "Vous pouvez être fiers des résultats obtenus" a-t-elle lancé aux membres de l'assemblée présents à Moutier. Dans son allocution, elle a insisté sur le fait que rien ne sera imposé de l'extérieur aux populations concernées. C'est à ces dernières qu'il appartiendra de déterminer quel avenir institutionnel elles souhaitent pour elles-mêmes. La conseillère fédérale s'est permise de relativiser cet aspect institutionnel en comparaison des défis auxquels est présentement confrontée la planète, des questions bien plus importantes que les questions de frontières qui occupent l'AIJ. Eveline Widmer-Schlumpf a tenu à souligner qu'il n'était pas question de préjuger de la suite qui sera donnée au rapport par les deux gouvernements cantonaux. Mais, "rien ne sera imposé". Elle a dit comprendre ceux qui sont agacés par les pressions dont fait l'objet le Jura bernois. Certes, a-t-elle expliqué, il s'agit de pressions plus amicales qu'un temps, mais il s'agit toujours de pressions. Rien ne sert de vouloir faire avance les aiguilles d'une montre à la main, a-t-elle conclu.

Une septantaine de journalistes représentant plus de 30 médias participent à la conférence de presse qui se tient en ce moment même à Moutier. Aux abords de la Sociét'halle, où se déroule cette étape historique dans le contexte de la Question jurassienne, tout est calme. Néanmoins, un important dispositif policier a été déployé pour éviter tout débordement et assurer le bon déroulement de la manifestation, notamment la sécurité de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf arrivée sur place peu avant 10 heures.

Vous pouvez prendre connaissance du rapport final de l'Assemblée interjurassienne et du rapport de minorité signé par cinq membres, dont quatre issus de la délégation bernoise, en cliquant sur les deux documents annexés.


PDF:
Rapport final AIJ
Rapport de minorité


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