Dossier Question jurassienne 18.10.08 11:00

«Le fédéralisme est au bout de ce qu'on pouvait en attendre!»

Ancien secrétaire général de l'AIJ, Jean-Jacques Schumacher a même écrit un livre sur cette institution. Rien que pour ça, son éclairage s'imposait dans cette série qui prend fin aujourd'hui.



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Pierre-Alain Brenzikofer

Acteur incontournable de la politique régionale, le radical de Bévilard a participé aux débuts de l'aventure. Mieux! Dans «L'Assemblée interjurassienne, histoire et perspectives, 1985-2004» (Société jurassienne d'Emulation), il évoque en long et en large une épopée qui a révolutionné la politique jurassienne. Aujourd'hui retiré des affaires - il siège tout de même au CJB -, il n'en attend pas moins le verdict avec une impatience légitime.

FD a longtemps reproché à l'AIJ de tenir ses travaux secrets. Aujourd'hui, certains observateurs proches du sérail lui suggèrent également de renseigner - et d'interroger - la population et les divers corps constitués avant de proposer une solution. Qu'en pensez-vous?

La grande question: comment faire pour travailler d'une manière efficace? Il y a des moments où la confidentialité prévaut. J'admets que l'on vit cette période à l'AIJ. C'est un peu ce que l'on avait éprouvé lors de l'élaboration de la Résolution 44. Il avait fallu aussi que rien ne filtre. On y était presque arrivé? Une fois que l'on avait pu se mettre d'accord sur ce monument de compromis, un travail énorme avait été entrepris pour expliquer, commenter et recueillir les avis des personnes représentant les différents corps constitués; on avait organisé 19 rencontres. J'imagine que cette démarche sera celle de l'AIJ lorsqu'elle aura déposé son rapport.

L'AIJ a pour mission suprême de régler politiquement le conflit jurassien. Eu égard à des fronts plutôt figés, sera-t-elle en mesure de le faire d'ici à la fin de l'année?

Ne parlons pas de front. Cela donne l'image d'un affrontement militaire, alors que nous sommes sur un terrain politique où, par définition, les avis divergents ont droit de cité. Le problème jurassien est une question extrêmement complexe. Il est bien évident qu'il n'est pas possible de mettre un point final au problème avant la fin de l'année. Ce qui me paraît extrêmement important, c'est d'insister sur les réalisations qui peuvent être mises à l'actif de l'AIJ. Il se passe énormément de choses entre le Jura bernois et la République et canton du Jura. Beaucoup n'ont d'ailleurs pas été initiées par l'AIJ. Mais elle a incontestablement contribué à créer une ambiance favorable au rapprochement et au dialogue. Je souhaite dans tous les cas qu'on accélère la mise en place d'institutions, qu'on poursuive et développe l'état d'esprit positif existant aujourd'hui entre nos deux régions. J'ai pris acte avec intérêt qu'il était possible d'envisager un seul Tribunal des mineurs. Après d'importantes réalisations comme la Fondation rurale interjurassienne, la Pharmacie interjurassienne et d'autres, il faudrait que les gouvernements poussent à d'autres réalisations importantes. Par exemple, il y aurait peut-être une piste à creuser du côté de nos départements de l'instruction publique.

En tant que vieux sage, détiendriez-vous la solution permettant de sortir de l'ornière ou au moins de contenter tout le monde?

Une solution qui contente tout le monde? C'est vouloir faire galoper le mouton à cinq pattes. Impossible! Les propositions de l'AIJ, six communes, six districts, ont certainement un caractère un peu provocateur mais, dans tous les cas, s'agissant des communes, c'est le chemin par lequel on va fatalement passer? Une affirmation d'autant plus évidente lorsqu'on vient de Malleray-Bévilard.

On sent les partis du Jura bernois tout sauf unanimes sur la question. Quelle est votre analyse et quelle sera celle du Parti radical?

Le Parti radical ne s'est pas encore penché sur la question. Il le fera, bien sûr, lorsque le rapport aura été présenté. Je ne puis ainsi m'exprimer qu'à titre personnel. Pour ma part, ce qui me semble essentiel, c'est de sauvegarder l'acquis interjurassien? Le regretté Jean-François Leuba comparait l'évolution des relations entre nos régions à un vélo qui devait toujours demeurer en mouvement. Parfois, le mouvement est rapide, parfois beaucoup plus lent. L'important, c'est qu'il ne s'arrête jamais. Par la mise en place des Institutions communes, l'AIJ a posé les premiers jalons d'une communauté d'intérêts interjurassiens qui pourra dépasser les frontières cantonales. Le remodelage indispensable de la Suisse des régions a peut-être commencé avec l'AIJ.

Comme ancien du Groupe Avenir et surtout comme ancien secrétaire général de l'AIJ, comment envisagez-vous l'avenir de cette région ?

Permettez tout d'abord que je vous livre un scoop. Je ne puis pas être un «ancien membre du Groupe Avenir». En effet, depuis la publication de notre document, «Pour une autonomie du Jura bernois?.», en avril 2000, le comité n'a jamais cessé de se réunir. On se retrouve ainsi trois ou quatre fois par année et toutes les composantes de la politique de notre région sont représentées. Sans exception! Les séances sont toujours passionnantes et j'imagine qu'après la sortie du rapport de l'AIJ, il y aura de l'ambiance. S'agissant de l'avenir du Jura bernois, il est bien difficile de se prononcer. Je note qu'on est souvent grognon dans nos vallées, sans que cela débouche sur une revendication institutionnelle clairement formulée. J'ai le sentiment, aussi, que le fédéralisme est au bout de ce qu'on pouvait attendre de lui? Les exigences auxquelles nous sommes confrontés rendront indispensable l'émergence de plus grands ensembles. Si une nouvelle crispation devait apparaître, avec la sortie du rapport, je souhaite vivement que cela n'altère pas le climat et nous mette dans une situation que je n'ai vraiment plus envie de revivre.

Une fois ce rapport connu, que devra faire le Conseil du Jura bernois dont vous êtes membre?

Cela dépendra naturellement du contenu. J'imagine bien qu'on va l'examiner attentivement et analyser les propositions qui nous sont faites. Les dossiers dont on a eu connaissance jusqu'à présent se caractérisaient par le sérieux du travail d'analyse. J'ose seulement espérer qu'on aura étudié l'ensemble des options. Il n'est absolument pas nécessaire qu'on prenne prétexte d'une date limite pour livrer un travail qui n'aurait pas vraiment examiné l'ensemble des options. Et s'il faut dépasser la fin de l'année, la belle affaire! /PABR



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